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Comment développer et promouvoir une région encore peu parcourue

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Après avoir interviewé des chargés de tourisme de différentes municipalités aux Philippines telles que Pandan  (Antique, Panay), Basey (Sohoton), Sagay (Negros), Donsol (Sorsogon), Oslob (Sorsogon) ; après avoir rencontré la responsable développement-produits de la province de Bohol, et avant d’avoir une vision nationale du travail du Département du Tourisme (DOT) Philippin, il nous paraissait important de d’étudier un DOT régional, donc couvrant plusieurs provinces. Nous avons choisi les Eastern Visayas (Visayas de l’Est), la Region VIII, incluant Samar, Leyte et Biliran. En effet, cette région est la moins touristique des Philippines, très pauvre, aux quelques problèmes politiques et en manque flagrant d’un réseau de transport efficace, comme vous avez pu le lire dans nos précédents articles. Nous avons donc cherché à comprendre comment le DOT faisait face aux enjeux regionaux , quelles sont les opportunités et comment promouvoir cette région riche en ressources naturelles et culturelles, pourtant peu fréquentée.

Sortie des classes

Ms Tiopes, directrice du DOT Région VIII depuis 2005, nous a fait preuve d’une grande passion et énergie pour sa région. Du département de l’Industrie, au gouvernement provincial en passant par l’Agence gouvernementale de l’Information, elle est une experte en matière d’administrations philippines.

En bref, la mission du DOT régional est «d’encourager, de promouvoir et de développer le tourisme comme activite socio-économique majeur permettant de générer des liquidités de monnaie étrangère, de l’emploi, et de faire profiter le secteurs privé et public des bénéfices du tourisme». En pratique, le DOT assiste les différents acteurs du tourisme : les offices provinciales et municipale de tourisme, les communautes locales et les entrepreneurs que sont investisseurs privés, publics ou ONGs. Ce soutien à l’activité économique passe par un conseil en business plans, par le développement de produits touristiques en collaboration avec les acteurs concernés offrant des expériences uniques plus que des activités non reliées ensemble, des formations (on en a beaucoup parlé dans nos différents articles précédents), par l’autorité de fournir les accréditations obligatoires aux hôteliers, tours opérateurs, organisateurs de séminaires et aux opérateurs de transports.

Sohoton Natural Bridge

Mais surtout, le DOT régional a un role majeur de « promotion, communication, marketing » dans une région peu parcourue comme les Eastern Visayas : pour cela, il aide à réaliser les brochures et autres supports de communication pour les différentes destinations et produits touristiques, aide à la conception de circuits/packages, organise des salons du tourisme, participe à ceux nationaux, et aide a la communication tri-media : papier, radio, TV. Le but est donc d’améliorer l’image des Eastern Visayas, subissant le contrecoup des activités passées très médiatisées du NPA (parti communiste armé), et de créer une marque Eastern Visayas, terre première de nature et d’aventures aux Philippines offrant des activités différentes par rapport aux autres regions.

Liloan, Leyte

Par rapport au contexte actuel, quelle est la vision des Eastern Visayas ? Où  est ce que le DOT veut amener sa région en matière du tourisme dans les années à venir ? Suite au National Tourism Plan écrit en 2011, le DOT vient de finir de réaliser son plan de tourisme sectoriel 2012-2016. Sans vous inonder de chiffres, en 2011, environ 16 000 touristes étrangers et 191 000 Philippins ont visité les Eastern Visayas pour une durée moyenne de 2 jours et une nuit, ce qui est peu pour une si vaste région (Samar est la troisième plus grosse ile des Philipines). En 2016, le DOT espère avoir plus de 38 000 visiteurs étrangers et 485 000 Phililippins restant en moyenne 4 jours et 3 nuits. Pour atteindre ces performances, le DOT veut positionner sa région en tant que destination alternative aux Central Visyas et à Bicol (Sud de Luzon), en se focalisant sur ses merveilles naturelles. Le tourisme étant un réel business, il ne faut pas avoir peur de parler de concepts business et marketing. Si on identifie le type de produits touristiques actuels  et on pense au type de clients présents et potentiels des Eastern Visayas, cette région va sans doute focaliser ses activités promotionnelles sur des touristes aventureux. Un point intéressant, une opportunité a saisir avec ce type de profils clients, est leur attrait pour les medias sociaux :  dans l’air du social media, ces visiteurs aventureux utilisent beaucoup les blogs, facebook, twitter pour partager leurs experiences. Cela permet d’obtenir leur opinions ainsi que des details très précis et pratiques vis a vis des prix, des moyens de transport et des différents produits offerts, informations qu’on trouve très difficilement sans eux. Aussi, cela permet de donner envie aux autres de venir dans les Eastern Visayas.

Ulot Torpedo Boat, bien repris par les bloggeurs

Depuis peu, des expériences touristiques d’aventure ont vu le jour et bénéficient d’un beau succès Agas Agas zipline (la tyrolienne la plus longue des Philippines passant au dessus du pont le plus haut des Philippines, le pont Agas Agas), Sohoton Cave, Torpedo boat. Les autres destinations sur lesquelles le DOT peut compter sont la spéléologie pour débutants ou professionnels à Samar  (Calbiga et ces innombrables autres encore très peu explorees), les myriades de chutes d’eaux, les très belles plages que peut offrir Leyte, le tourisme culturel autour de l’histoire de la seconde guerre mondiale ayant accueilli les bases américaines militaires luttant contre le Japon. Kennedy a d’ailleurs été officier dans la plus grosse base américaine du Pacifique, située dans la région VIII, avant de devenir President des Etats Unis.

Ainsi, le DOT est venu confirmer nos observations par rapport aux atouts, faiblesses et opportunites de Samar et Leyte. Avec la motivation de sa directrice Ms Tiopes, de son équipe en général, et d’un meilleur soutien de la part du gouvernement national, sans compter l’attrait pour le tourisme communautaire que les municipalités, les communautés locales et le DOT régional cherchent de plus en plus à mettre en valeur, les Eastern Visayas pourraient bien être le nouvel eldorado de l’écotourisme aux Philippines d’ici peu. On le souhaite de tout cœur.

L’expérience unique de Donsol d’intéraction avec les requin-baleines

Initiative: Intéraction avec les requin-baleines de Donsol

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Après l’article de Violaine couvrant la polémique sur l’alimentation des requins baleines à Oslob et ses conséquences écologiques, sociales et économiques, nous sommes retournés au berceau de l’expérience écotouristique exceptionnelle d’interaction avec ces ‘‘géants au cœur tendre’’. A l’inverse d’Oslob, Donsol a été à l’avant-garde d’une planification touristique respectant l’écosystème grâce à des partenariats multisectoriels forts.

Photo par harrywoolner.files.wordpress.com

La petite municipalité de Donsol sortit de sa torpeur quand, en 1998, un groupe de plongeurs menés par Romir Aglugub filma et publia en ligne leur rencontre avec ce monstre paisible, craint depuis toujours par les pêcheurs locaux. Depuis, le nombre de touristes a augmenté de manière exponentielle faisant de Donsol la capitale mondiale des requins baleines. De 867 visiteurs en 2002, 25 174 personnes ont visité Donsol en 2011. Contrairement à Oslob où l’activité touristique n’a pas été du tout préparée et manque cruellement d’une organisation efficace, l’interaction avec les requins baleines de Donsol a bénéficié de l’expertise du WWF depuis 1998 en matière de conservation de l’environnement et de mise en place d’un tourisme communautaire favorisant le développement économique et social des communautés locales tout en contrôlant de manière stricte les impacts sur ces requins baleines.

Règles à respecter

Alors que l’avenir de ces animaux à Oslob inquiète les environnementalistes du fait de la modification de leur comportement et de leur écosystème, un enjeu majeur de l’écotourisme est de préserver, conserver les ressources naturelles (géologiques, animales, végétales) afin que celles-ci restent plus ou moins intactes et puissent continuer à être valorisées sur le long-terme. S’il n’y a plus de requin baleine, il n’y a plus de touriste, donc plus de revenus.

Ainsi, ce qui rend unique l’expérience de Donsol et de son tourisme communautaire est la préparation de la population locale et les règles strictes d’interaction au sein d’une organisation tripartite. Depuis le début de ce projet, cette collaboration a été gérée de la manière suivante: le WWF est chargé des questions de conservation et de recherche sur l’écosystème des requins-baleines, la municipalité du contrôle et de la gestion des activités touristiques, et le DOT des formations et de la promotion de la destination.

Lieu d’accueil des visiteurs

Concernant la préparation de la communauté, des Butanding Interaction Officers (BIO ; Butanding = requin-baleine en tagalog)  ont été formés parmi les pêcheurs par le DOT. Ils sont les guides touristiques assistant les touristes alors que ceux-ci nagent avec ces énormes bêtes, passant de manière nonchalante quelques mètres plus bas. Les guides touristiques, les membres d’équipage, les capitaines de bateaux ainsi que les vigies chargés du repérage des requin-baleines ont pu suivre des formations en matière d’approche et d’interaction avec les animaux, de premiers secours et de service client. Au sujet des règles strictes d’interaction avec les animaux, le WWF a appliqué les recommandations d’experts australiens ayant publié sur le sujet : un bateau limité à 6 personnes maximum par requin-baleine, interdiction de les toucher, d’entraver leur route ou de plonger auprès d’eux. Aussi, la capacité d’accueil a été limitée à 30 bateaux par jour avec 10 minutes de nage par animal.

David David; l’environnementaliste du WWF qu’on a rencontré

L’observation des requins-baleines est un bel exemple d’écotourisme communautaire. Mais voilà, du fait de son succès, certains enjeux apparaissent : avec l’afflux massif de visiteurs et des apparitions animales moins fréquentes qu’auparavant (cela serait dû à une hausse de la température de l’eau ; plus d’infos en lisant cet article en anglais du WWF), les règles sont de moins en moins respectées face aux attentes pressantes de pouvoir nager auprès de l’inoffensif plus gros poisson au monde. En 1998, 28 pêcheurs ont été formés pour devenir guides. Aujourd’hui ils sont 41. La formation et l’emploi de nouveaux de guides sont sujets à l’accord de l’association des Butanding Interaction Officers qui bien entendu veulent limiter le nombre de guides. Alors que cette activité est devenue un commerce très juteux, l’opportunité de faire bénéficier de la manne financière à un plus grand nombre d’habitants serait dans l’ordre des choses considérant le concept de tourisme communautaire. Un autre enjeu dont nous avons peu parlé auparavant: l’emploi peu durable des revenus par les capitaines de bateau, les guides et membres d’équipage qui préfèrent dépenser dans les combats de coqs (un des ‘‘sports’’ national aux Philippines) ou la boisson plutôt que d’épargner pour leur avenir ou celui de leurs enfants. Un gros effort d’éducation de ces anciens pêcheurs reste donc à fournir de la part des associations et du gouvernement local, en plus de la possibilité d’accès à des services financiers adaptés à leurs besoins : produits d’épargne, micro-crédits…

Même si certains dispositifs sont mis en place comme la collecte de 50 pesos par groupe de touristes (inclus dans les 600 pesos payés  aux BIOs) pour la sécurité sociale et pour alimenter un compte en banque de l’association des guides, la municipalité fait preuve d’une certaine mauvaise foi. La chargé de tourisme de Donsol n’a pas voulu admettre ces enjeux d’utilisation de revenus par ces anciens pêcheurs. Sans compter, qu’encore une fois, la taxe prélevée par la municipalité  manque cruellement de transparence. Elle va tout droit vers ses fonds généraux et non vers le développement des communautés concernées ou de la conservation de l’écosystème, pourtant à l’origine de cette manne qui fit connaître Donsol mondialement.

Pas facile l’écotourisme communautaire

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Initiative: Nature and Adventure Bugang river tours – Pandan (Antique)

Après trois jours sur le « joyaux des Philippines », nous quittons Boracay, sa plage de sable blanc de 3km et ses hordes de touristes pour la petite ville de Pandan, dans la province d’Antique, sur l’île de Panay. Ici, aucun touriste ou presque. Les habitants nous saluent à notre passage. Les enfants en tenue d’écolier rigolent, nous appellent et se cachent quand on se retourne. Les Philippines, rurales, comme on l’aime.

Clocher de Pandan

Première rencontre avec un chargé de tourisme d’une municipalité

Jude D. Sanchez, chargé du tourisme pour la municipalité, nous attend à la mairie dans la belle salle de conférence du conseil municipal, le poste du maire surplombant l’assemblée. Au moment de la traditionnelle photo de nos interlocuteurs, Mr Sanchez aurait bien voulu poser à ce bureau. Il est maintenant en campagne pour le poste de conseiller du maire. Il ne nous cache pas ses ambitions et nous dit qu’il travaille depuis quelques années avec un partenaire crédible (Antique Development Foundation) pour assurer la durabilité de son initiative d’écotourisme communautaire quand il ne sera plus le responsable et dans le cas où un futur maire ne soutienne plus ce projet débuté il y a 8ans. Ce partenariat permet également une balance du pouvoir, d’améliorer le soutien et la formation des membres de la communauté et d’améliorer les circuits.

Nous attendions avec impatience cette rencontre : la première avec un représentant d’une municipalité. En faisant des recherches sur internet sur le tourisme durable à Panay et dans les Visayas Occidentales, nous étions tombés sur une présentation très bien structurée de cette ville, reprenant, à nos yeux, les principaux éléments de l’écotourisme et du tourisme communautaire. Cette rencontre nous aura appris beaucoup sur le rôle à jouer par les gouvernements locaux, sur les opportunités à se diriger vers l’écotourisme  communautaire mais également sur les défis à relever dans sa mise en place et dans sa pérennisation.

Jude D. Sanchez et nous

Planifier, organiser et former la population locale. Une nécessité pour la réussite du tourisme communautaire

Le projet d’écotourisme communautaire a commencé en 2003 suite à la volonté de Pandan de développer son tourisme et à la reconnaissance du gouvernement régional des ressources naturelles de la municipalité. Après un an de formation au tourisme communautaire et à l’écotourisme, Mr Sanchez était prêt à mettre en place son «Circuit Nature et Aventure sur la rivière Bugang ». Ce qui est lui est apparu primordial est de préparer la communauté en expliquant le projet, les pour et les contre du tourisme et en lui demandant si les habitants sont d’accord à se lancer dans une démarche d’écotourisme communautaire, ceux-ci étant les principaux contributeurs et bénéficiaires. Le droit au refus des habitants est essentiel. Leur implication est la clé de la réussite. Pour cela, des coordinateurs sont identifiés et formés, ainsi que les membres de la communauté (en priorité les personnes sans emploi) qui auront un rôle à jouer dans le circuit.

Les dépenses d’infrastructures sont limitées pour diminuer l’impact sur l’environnement et diminuer les coûts : les ressources, connaissances et savoir-faire communautaires sont valorisés en demandant aux pêcheurs de louer leur Bangka (pirogue philippine) et de guider les visiteurs, aux musiciens et danseurs de réaliser des performances, aux anciens coupeurs d’arbres et de mangroves utilisant des radeaux en bambous à la nuit tombée d’en construire de nouveaux et d’être guides. Ainsi toute la communauté est mobilisée et les clés d’un développement économique leur sont données tout en respectant leur culture (les perfomances-rituels sont évitées, les visiteurs sont préparés sur la culture locale et les comportements à éviter) et l’environnement (éducation des habitants puis des visiteurs aux enjeux environnementaux).

Circuit et Nature et Aventure sur la Bugang River

Un manque de reconnaissance

Malheureusement, Mr Sanchez nous avoue que depuis quelques années, le nombre de visiteurs est très restreint. Malgré les reconnaissances nationales, la pub dans des magazines et émissions TV, les tour-opérateurs et les visiteurs boudent le circuit. « Ils nous demandaient continuellement de diminuer le temps de visite et les prix » nous révèle notre interlocuteur. Pourtant, il tente toujours de les convaincre en disant que tous les revenus vont à la communauté, pas au gouvernement. Pour un groupe de 25 visiteurs, 85 habitants sont mobilisés, 25 Bangkas, 10 radeaux… Cela explique les coûts élevés. Aujourd’hui, le circuit a été réduit avec des options à la carte.

Ce qu’il manque aujourd’hui à la municipalité est une expertise marketing pour promouvoir son initiative d’écotourisme communautaire auprès des touristes et tour-opérateurs. Aussi, certains utilisent le terme d’écotourisme à tout va, regrette Mr Sanchez. Il souhaiterait donc qu’il y ait une organisation certificatrice identifiant les vraies initiatives d’écotourisme et de tourisme communautaire. Enfin, il souhaiterait qu’une institution nationale soit créée représentant, unifiant et promouvant le tourisme communautaire aux Philippines.

Le tourisme entre grottes et cercueils. Quelle part du gâteau pour les guides de Sagada ?

Comment répartir les bénéfices du tourisme ? C’est une question qui se pose  à chaque interview, et qui différencie le tourisme équitable du tourisme de masse : le premier aspire à répartir les bénéfices  de façon à ce qu’ils aient des retombées positives dans la communauté tandis que dans le second, les bénéfices sont souvent concentrés dans les mains de quelques tours opérators  des capitales.

C’est dans un paysage idyllique, après un voyage de 4 heures sur le toit d’un bus au milieu de la chaîne de montagne de la Cordilliera pour atteindre le village de Sagada, que nous aurons l’occasion de discuter à nouveau des enjeux du tourisme.

Cercueils dans une grottes

Commençant la journée par une visite des grottes à 200 mètres sous terre et un passage par les « hanging coffins » (cercueils suspendus) de cette communauté indigène des montagnes accompagnés par Rafy, un guide énergique et qui regorge d’informations sur les pratiques de ses ancêtres, nous avons ensuite rendez-vous avec George, le président de la « Sagada Environmental Guides Association » (SEGA).

Créée dans les années 90 afin de former des guides compétents, SEGA compte aujourd’hui 60 guides et 50 apprentis. La sélection pour devenir guide est très exigeante. Les candidats doivent passer deux ans en apprentissage, où ils suivent des formations (comment gérer les touristes, formation aux premiers secours et sur l’environnement) et accompagnent les guides professionnels lors de leurs visites. Ensuite, SEGA décide si elle les intègre comme membres, et si tel est le cas ils doivent payer 3500 pesos (70 euros, une grosse somme) pour entrer dans le groupe. SEGA encourage les jeunes à faire des études supérieures avant de vouloir suivre la  formation de guide. En effet, être guide ne peut pas suffire pour vivre décemment, les revenus étant faibles pendant la saison basse (de juin à novembre) et les touristes encore trop peu nombreux pour faire vivre 60 guides à temps plein. Il faut donc trouver une autre activité professionnelle pour pallier aux variations des revenus du tourisme.

Panneau à l’entree des grottes

 Ce qui est intéressant, c’est que SEGA fonctionne de manière démocratique et équitable : il y a une élection du bureau tous les deux ans (dont les membres ne sont pas rémunérés en plus pour ces fonctions) et les guides effectuent des rotations pour que chaque guide ait les mêmes opportunités. Le prix est fixé à l’avance (il suit l’évolution du prix du riz) et ne se marchande pas. Par ailleurs, des mécanismes de solidarité sont en place : les frais d’adhésion de 3500 pesos sont alloués à un fond d’entraide qui peut être sollicité par les membres pour un prêt en cas d’urgence. De plus, une partie de ce fond est reversé aux écoles ou évènements religieux de la communauté.

La notion de préservation de la culture et de l’environnement est très présente dans l’esprit de SEGA. Les guides ramassent systématiquement les déchets qui trainent, éduquent les touristes à faire de même et lancent une opération de plantation d’arbres une fois par an. Si un rituel est prévu dans un des lieux de visites, les guides changent leur programme pour ne pas perturber la cérémonie. Certains sites religieux et grottes sont interdits au public afin de les conserver. «  La culture est ce qui lie la communauté », il est donc crucial de la maintenir et de la transmettre aux futures générations.

Grotte de Sumaging

Seule ombre au tableau : le gouvernement a autorisé la création d’un groupe de guides extérieurs à SEGA, créé par des guides refusant le processus sélectif d’entrée à SEGA. Ce groupe ne suit pas les  mêmes règles éthiques que SEGA et les guides ne sont pas aussi compétents. George ne veut pas que son groupe se disloque, car le risque est de se retrouver dans une situation proche de celle de Banaue, où il n’y a aucune règle pour les guides, aucune incitation à préserver la culture et l’environnement, et où « when you are a tourist going out of the bus, you a are a shit and guides are flies ». Heureusement, SEGA jouit d’une meilleure réputation que le groupe dissident et les touristes ne s’y trompent pas.

SEGA projette d’ouvrir des excursions de 2 à 4 jours dans les alentours de Sagada, des treks alliant des randonnées dans les terrasses de riz, des baignades dans les nombreuses chutes d’eau et de la spéléo dans les grottes. Qu’attendez-vous pour réserver ?