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Le tourisme entre grottes et cercueils. Quelle part du gâteau pour les guides de Sagada ?

Comment répartir les bénéfices du tourisme ? C’est une question qui se pose  à chaque interview, et qui différencie le tourisme équitable du tourisme de masse : le premier aspire à répartir les bénéfices  de façon à ce qu’ils aient des retombées positives dans la communauté tandis que dans le second, les bénéfices sont souvent concentrés dans les mains de quelques tours opérators  des capitales.

C’est dans un paysage idyllique, après un voyage de 4 heures sur le toit d’un bus au milieu de la chaîne de montagne de la Cordilliera pour atteindre le village de Sagada, que nous aurons l’occasion de discuter à nouveau des enjeux du tourisme.

Cercueils dans une grottes

Commençant la journée par une visite des grottes à 200 mètres sous terre et un passage par les « hanging coffins » (cercueils suspendus) de cette communauté indigène des montagnes accompagnés par Rafy, un guide énergique et qui regorge d’informations sur les pratiques de ses ancêtres, nous avons ensuite rendez-vous avec George, le président de la « Sagada Environmental Guides Association » (SEGA).

Créée dans les années 90 afin de former des guides compétents, SEGA compte aujourd’hui 60 guides et 50 apprentis. La sélection pour devenir guide est très exigeante. Les candidats doivent passer deux ans en apprentissage, où ils suivent des formations (comment gérer les touristes, formation aux premiers secours et sur l’environnement) et accompagnent les guides professionnels lors de leurs visites. Ensuite, SEGA décide si elle les intègre comme membres, et si tel est le cas ils doivent payer 3500 pesos (70 euros, une grosse somme) pour entrer dans le groupe. SEGA encourage les jeunes à faire des études supérieures avant de vouloir suivre la  formation de guide. En effet, être guide ne peut pas suffire pour vivre décemment, les revenus étant faibles pendant la saison basse (de juin à novembre) et les touristes encore trop peu nombreux pour faire vivre 60 guides à temps plein. Il faut donc trouver une autre activité professionnelle pour pallier aux variations des revenus du tourisme.

Panneau à l’entree des grottes

 Ce qui est intéressant, c’est que SEGA fonctionne de manière démocratique et équitable : il y a une élection du bureau tous les deux ans (dont les membres ne sont pas rémunérés en plus pour ces fonctions) et les guides effectuent des rotations pour que chaque guide ait les mêmes opportunités. Le prix est fixé à l’avance (il suit l’évolution du prix du riz) et ne se marchande pas. Par ailleurs, des mécanismes de solidarité sont en place : les frais d’adhésion de 3500 pesos sont alloués à un fond d’entraide qui peut être sollicité par les membres pour un prêt en cas d’urgence. De plus, une partie de ce fond est reversé aux écoles ou évènements religieux de la communauté.

La notion de préservation de la culture et de l’environnement est très présente dans l’esprit de SEGA. Les guides ramassent systématiquement les déchets qui trainent, éduquent les touristes à faire de même et lancent une opération de plantation d’arbres une fois par an. Si un rituel est prévu dans un des lieux de visites, les guides changent leur programme pour ne pas perturber la cérémonie. Certains sites religieux et grottes sont interdits au public afin de les conserver. «  La culture est ce qui lie la communauté », il est donc crucial de la maintenir et de la transmettre aux futures générations.

Grotte de Sumaging

Seule ombre au tableau : le gouvernement a autorisé la création d’un groupe de guides extérieurs à SEGA, créé par des guides refusant le processus sélectif d’entrée à SEGA. Ce groupe ne suit pas les  mêmes règles éthiques que SEGA et les guides ne sont pas aussi compétents. George ne veut pas que son groupe se disloque, car le risque est de se retrouver dans une situation proche de celle de Banaue, où il n’y a aucune règle pour les guides, aucune incitation à préserver la culture et l’environnement, et où « when you are a tourist going out of the bus, you a are a shit and guides are flies ». Heureusement, SEGA jouit d’une meilleure réputation que le groupe dissident et les touristes ne s’y trompent pas.

SEGA projette d’ouvrir des excursions de 2 à 4 jours dans les alentours de Sagada, des treks alliant des randonnées dans les terrasses de riz, des baignades dans les nombreuses chutes d’eau et de la spéléo dans les grottes. Qu’attendez-vous pour réserver ?

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