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Mangroves, développement économique, et tourisme communautaire aux Philippines

Lorsque j’ai vu le que thème du concours de blogueurs pour la Journée Internationale du Tourisme était “tourisme et développement communautaire”, j’ai tout de suite pensé au projet de l’association « Kalibo Saves the Mangroves Association » (KASAMA), que j’ai eu la chance de visiter aux Philippines il y a 2 ans, et avec qui je suis toujours en contact. L’action de cette ONG m’a énormément inspirée et est l’un des plus beaux exemples de ce que le tourisme peut faire pour le développement économique et la préservation de l’environnement.

Au départ, il y a un homme, Allen S. Quimpo, qui, en 1989, décida de planter des mangroves pour sauver le littoral, et créa la « Kalibo Save the Mangroves Association » (KASAMA) avec des habitants de la communauté. Depuis, l’unique devise de KASAMA est « planter, planter, planter ». Aujourd’hui, c’est une véritable forêt de mangroves qui a vu le jour, sur plus de 200 hectares. Cette forêt a de très nombreux avantages.

Evolution de mangroves (en haut à gauche: en 1989; en bas à droite: maintenant)

Evolution de mangroves (en haut à gauche: en 1989; en bas à droite: maintenant)

Elle permet d’éviter l’érosion des sols et minimise l’impact des typhons, constituant une barrière naturelle sur le littoral. La biodiversité de la zone a considérablement augmenté, avec notamment de nombreuses espèces d’oiseaux qui sont apparues, ainsi que des papillons, des serpents, et tout un écosystème marin.

Une forêt, c’est un projet de long terme, cela nécessite de l’entretien et une protection. L’association KASAMA a transformé ce projet en une action communautaire pour améliorer la vie des habitants tout en s’assurant que la forêt ne soit pas dégradée. Ainsi, les habitants viennent librement pêcher des crabes, des poissons et des coquillages, que les mangroves abritent. De plus, depuis quelques années, la confection de briquettes a été mise en place, générant un « charbon vert » à partir des branches des arbres élagués. Cela crée  des emplois et les habitants ont ainsi accès à une énergie moins chère que le gaz.

Comment ce projet est-il financièrement durable ? Comment continuer à planter des mangroves ? C’est là que les touristes entrent en jeu.

Chemin en bambou pour les touristes

Chemin en bambou pour les touristes

Les touristes sont invités à se promener dans la forêt sur un long chemin en bambou créé par des membres de la communauté, accompagnés d’un guide local qui leur expliquera l’histoire du lieu, la biodiversité, et leur fera déguster le tamilok, ver qui pousse dans les mangroves. Les recettes des entrées au parc reviennent à l’entretien des lieux, au paiement des salaires des guides et des gardes, et à la plantation de nouvelles mangroves par les communautés.

En tant que touriste, j’ai énormément appris lors de cette visite, c’est la première fois que je voyais une si grande et si belle forêt qui soit entièrement l’œuvre d’êtres humains. Je suis par la suite devenue une ambassadrice des mangroves, vantant leurs vertus partout où j’allais. Pour moi, le tourisme durable, c’est celui-là. C’est un tourisme fait d’échanges, d’apprentissage, où l’on s’émerveille, tout en soutenant les actions et les projets de la communauté locale.

 

 

Comment développer et promouvoir une région encore peu parcourue

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Après avoir interviewé des chargés de tourisme de différentes municipalités aux Philippines telles que Pandan  (Antique, Panay), Basey (Sohoton), Sagay (Negros), Donsol (Sorsogon), Oslob (Sorsogon) ; après avoir rencontré la responsable développement-produits de la province de Bohol, et avant d’avoir une vision nationale du travail du Département du Tourisme (DOT) Philippin, il nous paraissait important de d’étudier un DOT régional, donc couvrant plusieurs provinces. Nous avons choisi les Eastern Visayas (Visayas de l’Est), la Region VIII, incluant Samar, Leyte et Biliran. En effet, cette région est la moins touristique des Philippines, très pauvre, aux quelques problèmes politiques et en manque flagrant d’un réseau de transport efficace, comme vous avez pu le lire dans nos précédents articles. Nous avons donc cherché à comprendre comment le DOT faisait face aux enjeux regionaux , quelles sont les opportunités et comment promouvoir cette région riche en ressources naturelles et culturelles, pourtant peu fréquentée.

Sortie des classes

Ms Tiopes, directrice du DOT Région VIII depuis 2005, nous a fait preuve d’une grande passion et énergie pour sa région. Du département de l’Industrie, au gouvernement provincial en passant par l’Agence gouvernementale de l’Information, elle est une experte en matière d’administrations philippines.

En bref, la mission du DOT régional est «d’encourager, de promouvoir et de développer le tourisme comme activite socio-économique majeur permettant de générer des liquidités de monnaie étrangère, de l’emploi, et de faire profiter le secteurs privé et public des bénéfices du tourisme». En pratique, le DOT assiste les différents acteurs du tourisme : les offices provinciales et municipale de tourisme, les communautes locales et les entrepreneurs que sont investisseurs privés, publics ou ONGs. Ce soutien à l’activité économique passe par un conseil en business plans, par le développement de produits touristiques en collaboration avec les acteurs concernés offrant des expériences uniques plus que des activités non reliées ensemble, des formations (on en a beaucoup parlé dans nos différents articles précédents), par l’autorité de fournir les accréditations obligatoires aux hôteliers, tours opérateurs, organisateurs de séminaires et aux opérateurs de transports.

Sohoton Natural Bridge

Mais surtout, le DOT régional a un role majeur de « promotion, communication, marketing » dans une région peu parcourue comme les Eastern Visayas : pour cela, il aide à réaliser les brochures et autres supports de communication pour les différentes destinations et produits touristiques, aide à la conception de circuits/packages, organise des salons du tourisme, participe à ceux nationaux, et aide a la communication tri-media : papier, radio, TV. Le but est donc d’améliorer l’image des Eastern Visayas, subissant le contrecoup des activités passées très médiatisées du NPA (parti communiste armé), et de créer une marque Eastern Visayas, terre première de nature et d’aventures aux Philippines offrant des activités différentes par rapport aux autres regions.

Liloan, Leyte

Par rapport au contexte actuel, quelle est la vision des Eastern Visayas ? Où  est ce que le DOT veut amener sa région en matière du tourisme dans les années à venir ? Suite au National Tourism Plan écrit en 2011, le DOT vient de finir de réaliser son plan de tourisme sectoriel 2012-2016. Sans vous inonder de chiffres, en 2011, environ 16 000 touristes étrangers et 191 000 Philippins ont visité les Eastern Visayas pour une durée moyenne de 2 jours et une nuit, ce qui est peu pour une si vaste région (Samar est la troisième plus grosse ile des Philipines). En 2016, le DOT espère avoir plus de 38 000 visiteurs étrangers et 485 000 Phililippins restant en moyenne 4 jours et 3 nuits. Pour atteindre ces performances, le DOT veut positionner sa région en tant que destination alternative aux Central Visyas et à Bicol (Sud de Luzon), en se focalisant sur ses merveilles naturelles. Le tourisme étant un réel business, il ne faut pas avoir peur de parler de concepts business et marketing. Si on identifie le type de produits touristiques actuels  et on pense au type de clients présents et potentiels des Eastern Visayas, cette région va sans doute focaliser ses activités promotionnelles sur des touristes aventureux. Un point intéressant, une opportunité a saisir avec ce type de profils clients, est leur attrait pour les medias sociaux :  dans l’air du social media, ces visiteurs aventureux utilisent beaucoup les blogs, facebook, twitter pour partager leurs experiences. Cela permet d’obtenir leur opinions ainsi que des details très précis et pratiques vis a vis des prix, des moyens de transport et des différents produits offerts, informations qu’on trouve très difficilement sans eux. Aussi, cela permet de donner envie aux autres de venir dans les Eastern Visayas.

Ulot Torpedo Boat, bien repris par les bloggeurs

Depuis peu, des expériences touristiques d’aventure ont vu le jour et bénéficient d’un beau succès Agas Agas zipline (la tyrolienne la plus longue des Philippines passant au dessus du pont le plus haut des Philippines, le pont Agas Agas), Sohoton Cave, Torpedo boat. Les autres destinations sur lesquelles le DOT peut compter sont la spéléologie pour débutants ou professionnels à Samar  (Calbiga et ces innombrables autres encore très peu explorees), les myriades de chutes d’eaux, les très belles plages que peut offrir Leyte, le tourisme culturel autour de l’histoire de la seconde guerre mondiale ayant accueilli les bases américaines militaires luttant contre le Japon. Kennedy a d’ailleurs été officier dans la plus grosse base américaine du Pacifique, située dans la région VIII, avant de devenir President des Etats Unis.

Ainsi, le DOT est venu confirmer nos observations par rapport aux atouts, faiblesses et opportunites de Samar et Leyte. Avec la motivation de sa directrice Ms Tiopes, de son équipe en général, et d’un meilleur soutien de la part du gouvernement national, sans compter l’attrait pour le tourisme communautaire que les municipalités, les communautés locales et le DOT régional cherchent de plus en plus à mettre en valeur, les Eastern Visayas pourraient bien être le nouvel eldorado de l’écotourisme aux Philippines d’ici peu. On le souhaite de tout cœur.

Du commerce illégal de bois aux splash enjoués des touristes

Initiative : Ulot Torpedo Boat Extreme Ride

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Pouvoir descendre les rapides de la Ulot River sur un ‘‘bateau-torpille’’ relève quelque peu d’un parcours du combattant pour le voyageur sans transport privé. Comme pour beaucoup d’activités à Samar d’ailleurs (voir notre article sur Sohoton). Nous n’avons malheureusement pu tenter l’expérience mais ceux qui s’y sont risqués n’ont pas regretté.  Un peu moins d’une heure de descente et 1 heure et demi de remontée alternant eaux calmes et rapides à bord d’un Torpedo, cette longue barque en bois sans balancier (contrastant avec la traditionnelle bangka), à slalomer entre les cailloux et à se faire éclabousser de toute part. Les Philippins en redemandent.

Les fameux bateau-torpilles appelés Torpedo

D’où vient cette idée saugrenue de descendre des rapides dans une barque en bois, surtout dans un endroit plutôt coupé du monde, à une vingtaine de kilomètres de la petite ville de Paranas, elle-même à environ 45 minutes en jeepney au sud-est de Catbalogan? Historiquement, la Ulot River, la plus grande rivière de Samar, était la principale voie de transport de marchandises et de passagers compte tenu du mauvais réseau routier de la région. Aussi, avant la création du Samar Island Natural Park (SINP) en 2003, le plus grand parc des Philippines, cette rivière servait de réseau de distribution au commerce illégal de bois.

Présentation du Parc National de Samar Island

Comme à Pamilacan Island où la chasse à la baleine a été interdite, à Bojo River ou au sein du Bulusan Volcano National Park où l’abatage sauvage a été stoppé, il fallut trouver des revenus alternatifs pour les communautés locales vivant principalement de ces activités illégales. C’est pourquoi quelques années plus tard, alors que le Quartier Général du SINP se construisait en 2006 sur les bords de la Ulot River, ses employés réalisèrent le potentiel de cette rivière et de ses rapides comme expérience écotouristique et d’aventure, et donc comme source de revenus alternatifs pour la communauté locale. Alors qu’au départ, le département du tourisme poussait à mettre en place des activités de kayak, de tubing et de marche,  ils ont compris par la suite qu’il pouvait être particulièrement intéressant d’utiliser ces mêmes bateaux qui transportaient le bois illégal auparavant, surtout qu’ils étaient conçus pour braver les rapides de la rivière. Pour l’expérience, c’est plus fun et culturellement parlant, cela ajoute un plus.

Mr Villanueva, Coordinateur de l’expérience Torpedo

Pour piloter ces bateaux, rien de mieux que de demander les services des experts pilotes que sont les anciens transporteurs de bois illégaux. Cela pousse à mettre un terme à ce commerce qui a perduré durant ces quelques années tout en leur offrant des revenus légaux et durables supérieurs aux activités passées. Après la conception du programme de tourisme communataire, élément du Samar Island Biodiversity Programme financé par le Programme des Nations Unis pour le Développement, et des formations du Département du Tourisme, la Tenani Boat Operators for River Protection and Environmental Development Organization (TORPEDO) est crée en 2010. Elle compte aujourd’hui 60 membres dont 13 guides et une quarantaine de capitaines de bateau et de ‘‘pointmen’’ ou timoniers qui manœuvrent les Torpedos afin d’éviter de heurter les rochers affleurant. 20 Torpedos sont en fonction aujourd’hui, possédés par la communauté, en plus de kayaks et de grosses bouées gonflables.

Entrée du QG du SINP, ses bureaux, salles de séminaires et dortoirs

Alors que 525 visiteurs ont testé l’expérience Torpedo en 2011, Mr Villanueva et son équipe de la municipalité de Paranas ne veulent pas s’arrêter là et souhaitent faire de Paranas une grande destination d’aventures ainsi qu’une réelle expérience éco-culturelle. Pour cela, ils cherchent à créer des maisons d’hôtes, proposer des repas aux visiteurs, préparés par la communauté locale, bâtir un centre d’écotourisme et des cabanes dans les arbres. Mr Villanueva a besoin de plus de fonds mais il travaille à construire de solides partenariats public-privé pour financer ces beaux projets.

Samar, l’île sauvage

Après vous en avoir tant parlé, et en attendant deux articles sur des initiatives de tourisme dans cette île au grand potentiel qu’est Samar, voici des photos!

L’environnement: un enjeu commun

Initiative: AGAP Bulusan inc., Sorsogon

« L’union fait la force » pourrait très bien faire figure de slogan pour AGAP Bulusan Inc. Créé en XXXX par le dynamique Philip Bartilet, AGAP regroupe toutes les associations représentant les intérêts des quelque 20,000 habitants de la ville de Bulusan (association des jeunes, des vieux, des professeurs, des religieux, des femmes, des tricycles…) afin de mener une politique commune pour la protection de l’environnement. La dernière bataille du groupement d’associations: une pétition contre l’installation d’une centrale géothermique aux frontières du parc national protégé du volcan Bulusan (encore actif) et des habitations. Environ 70% des votants de la ville ont signé la pétition et le maire a dû prendre position contre le projet, y mettant ainsi un terme (pour le moment du moins).

L’entrée du premier lac du volcan Bulusan

En 2007, AGAP Bulusan a conduit une analyse pour savoir quels étaient les besoins et les points faibles concernant la protection de l’environnement. Les résultats indiquaient un manque d’éducation environnementale et de recherche sur la biodiversité et un taux de pauvreté très élevé qui conduit par ailleurs les habitants à certaines activités illégales (couper des arbres dans la zone protégée du volcan Bulusan par exemple).  Le développement du tourisme est alors apparu (comme dans de nombreux cas que nous avons vu jusqu’ici) comme une solution pour protéger l’environnement tout en créant des emplois. Après une étude pour identifier les sites à fort potentiel pour le tourisme dans la région, AGAP Bulusan (suivi par le gouvernement local)  a décidé de se concentrer sur le volcan, sa grande biodiversité endémique et ses trois lacs. Des formations ont été dispensées aux conducteurs de tricycles sur la réception des touristes, ainsi qu’à des guides pour expliquer la faune et la flore du lieu et avoir des connaissances sur les premiers secours.

Explication sur la typologie du lieu

 Le plus grand atout de Philip Bartilet, outre sa capacité à rassembler, est de savoir comment et où lever des fonds pour ses projets. Il a ainsi obtenu une aide de 49,263 US$ du PNUD, des tentes et kayaks du gouvernement local et régional ainsi que des fonds du Département du Tourisme pour des programmes de formation, avec à chaque fois une contrepartie financière d’AGAP.

Les pédalos à louer

Le premier lac du volcan, d’environ 16 hectares, était autrefois géré par le gouvernement régional qui employait des gens extérieurs à Bulusan pour sa protection et pour les services aux touristes. De ce fait, il y avait de nombreux vols et détériorations des équipements par les habitants de Bulusan, mécontents de ne pas bénéficier de cette manne financière. Aujourd’hui, une association d’écotourisme locale, Wildboars Sport, membre d’AGAP, est en charge du tourisme. Elle a 6 employés permanents (en haute saison elle emploie des personnes à la journée) et propose des locations de kayaks, canoës et pédalos ainsi que des excursions avec un guide et une ascension du volcan en deux jours (avec une nuit en tente au lac près du sommet). Les sportifs qui gravissent le mont Bulusan portent un dossard avec un numéro correspondant au nombre de touristes jusqu’à présent. Ce dispositif a commencé en juin cette année et le dernier visiteur portait le numéro 163 (cela ne prend pas en compte les nombreux touristes qui ne viennent que pour le lac). Il est aussi demandé aux escaladeurs de planter un arbre lors de leur ascension.

La construction de la route

 Une fois par an, AGAP organise une course avec des étapes où les participants doivent relever un défi environnemental (planter un arbre, effectuer une tâche donnée par un agriculteur…), cela permet d’éduquer la population tout en s’amusant. Par ailleurs, le financement du PNUD a permis d’installer des fermes de démonstration d’agriculture biologique dans 5 villages. Philip espère que la promesse du gouverneur actuel de réparer la route qui mène au lac va être tenue, et il souhaite ensuite se lancer dans une action de marketing plus vaste pour promouvoir ses produits touristiques . Il a aussi un projet de tourisme à la ferme, à la découverte des exploitations de « pili » (sorte de noix locale) ou des producteurs de miel,  en visant comme principaux clients, les étudiants.  Il regrette qu’il n’y ait pas un seul tour opérateur à Bulusan mais espère que cela va changer bientôt, devant tous les potentiels qu’offre Bulusan (très proche des îles Biri et ses formations rocheuses, de l’île de Ticao et ses raies Manta, de Donsol et ses requins baleines…).

Une ruche locale

Nous avons été vraiment impressionnés par la vision d’ensemble et toutes les activités soutenues par AGAP Bulusan pour améliorer le quotidien de la population et s’assurer de la protection des ressources naturelles. Comme le dit si bien Philip, par ordre d’importance, il faut se soucier des « 3P » : « People, Planet, Profits » (les gens, la planète, les profits). Une belle leçon ainsi que beaucoup de choses intéressantes à apprendre de ce village et à répliquer ! Amis tours opérateurs, à quand un passage par Bulusan sur vos brochures ?

Quand luxe et écologie vont de pair

Initiative: El Nido Resort (El Nido, Palawan)

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Parfois (surtout dans des pays corrompus comme les Philippines), le secteur privé peut être le plus efficace quand il s’agit de protection de l’environnement. Cependant, cela a un coût et c’est donc le plus souvent les hôtels haut de gamme et autres entreprises de luxe qui peuvent se permettre de mener de telles actions. Mais entre une simple action de marketing (autrement appelée le « green washing ») et impact réel, il y a souvent un fossé. Bien que nous ne sommes pas en mesure de vérifier la véracité et la réelle mise en place de toutes les mesures annoncées, il nous a semblé qu’El Nido resort faisait figure d’exemple et de leader dans le secteur des éco-hotels de luxe.

Sur la plage d’El Nido

Après notre visite à Puerto Princesa, nous avons pris la route cabossée qui mène à El Nido. Ce petit village doit son affluence touristique à la baie de Bacuit, ensemble d’îles rocheuses cachant des lagons aux eaux turquoises et bordées de petites plages toutes plus splendides les unes que les autres. Bien que très isolé, El Nido est devenu un site incontournable aux Philippines.

Big Lagoon

Du fait de la beauté du lieu et de l’intimité de certaines petites îles, des resorts de luxe ont vu le jour (notamment pour les lunes de miel). Je voulais me pencher sur l’un d’entre eux, le resort de Miniloc. Malheureusement, lors de mon passage (saison creuse oblige), il n’y avait personne pour me répondre ou me faire visiter le resort (niché au creux d’une plage accessible qu’en bateau). Cependant, la directrice du département environnement du groupe El Nido Resort, Mme Laririt, a répondu à mes questions par email.

Le resort de Miniloc (du nom de l’île dela baie sur laquelle il se trouve) fut le premier construit dans la zone par des amoureux de plongée en 1981. A l’époque, la baie était un secret bien gardé et le but du resort de Miniloc était d’offrir aux touristes un grand confort dans ce décor de rêve tout en préservant l’environnement et en créant des emplois pour la communauté. Le resort, appartenant au groupe El Nido Resort, lui-même détenu par  la Ten Knots Development Corporation,  n’a eu de cesse d’agir et de faire pression sur les différents acteurs pour protéger ce paradis. Cependant, la prolifération d’hôtels à El Nido et l’accroissement considérable du nombre de touristes rendent les choses plus compliquées quant à l’écologie. Demandez à un connaisseur des Philippines ce qu’était El Nido il y a 10 ou 20 ans par rapport à aujourd’hui… Nostalgique, il vous répondra que c’était le « bon temps ». El Nido Resort a cependant aussi bénéficié de cet engouement pour la baie, et a ouvert depuis 3 nouveaux resorts, tous haut de gamme et isolés.

Helicopter Island, Baie de Bacuit

El Nido resort se veut responsable et engagé pour la protection de l’environnement. Et cela ne semble pas être des paroles en l’air ! En effet, la liste des mesures prises pour la conservation du lieu est grande (voir leur site ici). Un point d’honneur est mis sur la protection de la biodiversité avec la création d’une base de donnée en ligne qui recense la faune et la flore de l’île, avec un descriptif pour chaque espèce. Des opérations de réinsertion d’oiseaux et de protection des tortues ont été menées.

Miniloc Resort, photo d’El Nido Resort

Tous les touristes qui séjournent au resort de Miniloc assistent à un briefing sur la biodiversité et sont encouragés à la protéger. De plus, la formation des staffs prend une place très importante dans la politique du resort, avec le programme « Be GREEN (Guard, Respect, Educate El Nido) » pour les guides mais aussi tous les autres employés. Be GREEN est assez exhaustif : formation sur l’environnement et les législations, la conservation de la biodiversité, la gestion des déchets, de l’eau et de l’électricité. Depuis 2007, 900 employés ont suivi cette formation et sont ensuite encouragés à la mettre en pratique par la participation à un concours d’innovations environnementales pour le resort. Des programmes de protection des coraux (bouées pour l’ancrage des bateaux dans certaines zones, récifs de coraux artificiels…) ainsi que des actions telles que l’organisation de conférences ou le montage de vidéos (voir la vidéo ci-dessous) pour sensibiliser à la biodiversité font aussi partie des mesures prises par El Nido Resort. Du fait de son éloignement (Miniloc Resort est le seul sur l’île, il n’y a pas d’autres infrastructures) et de son engagement, El Nido resort a aussi investi dans des technologies qui économisent les ressources : récupération d’eau de pluie, panneaux solaires, traitement des eaux usées…

Malgré son relatif isolement, Miniloc n’est malheureusement pas seul : sur la terre ferme, à El Nido, les resorts ont poussé comme des champignons. Ce développement touristique a eu l’avantage de créer de très nombreux emplois pour la population locale, le plus souvent au détriment de l’environnement. La baie de Bacuit a été déclarée zone protégée en 1998 mais comme bien souvent aux Philippines, les lois sont là, mais pour les faire appliquer, c’est une autre affaire ! Il y a un manque de moyens pour empêcher la pêche illégale, l’ancrage des bateaux dans certaines zones et l’extraction abusive de sable. Le gouvernement local et le Département de l’Environnement et des Ressources Naturelles tardent à agir pour s’assurer de la sauvegarde du lieu. Selon Mme Laririt, il y a trop d’agences du gouvernement qui ont leur loi, ce qui a porté à confusion sur qui est réellement en charge de la proctection du site. El Nido Resorts regrette que rien ne soit fait contre les resorts qui ne respectent pas les règles, car sans cela il n’y a pas d’encouragement donné à ceux qui mènent un réelle politique respectueuse de l’écosystème.

Les chambres à Miniloc Resort, photo d’El Nido Resort

Tout cela sans parler de la fameuse taxe environnementale, comme partout dans les lieux touristiques aux Philippines et qui me fait hérisser les poils à chaque fois que je me renseigne sur son utilisation. A El Nido, chaque visiteur doit payer 200 pesos (4 euros, soit une somme considérable) à une taxe dont personne n’a su me dire l’utilisation. Et croyez-moi, si quelque chose était vraiment fait avec cet argent, les autorités locales le feraient savoir à coup d’affiches indiquant la somme déboursée pour tel ou tel projet (c’est la version philippine du « quand c’est flou, il y a un loup » de Martine Aubry) . Pourtant, il y a beaucoup à faire : d’autres zones protégées doivent être mises en place, le nettoyage des lagons et plages laisse à désirer et la surveillance du respect des lois doit être renforcée. El Nido resort lui-même en tant qu’acteur privé participe à cette taxe et souhaiterait « plus de transparence » (traduction : corruption, corruption, corruption…).

En somme, un projet plutôt louable pour ce resort, qui, à contrario de nos amis politiciens, a bien compris que les touristes viennent pour voir la baie, et que si celle-ci n’est pas protégée, ça ne durera pas ! Si cet article vous a donné envie de faire un tour à Miniloc, pensez à économiser avant :à 250 euros la nuit (la chambre la moins chère!), le paradis a un prix !

Une dernière pour la route, baie de Bacuit

Philippines Autrement pour une authentique rencontre des populations locales

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Initiative : Philippines Autrement

Depuis le début de notre aventure, on entend beaucoup le terme « d’authenticité » revenir. Des différents acteurs du tourisme, de la bouche des touristes que l’on rencontre,  et de la notre également. Ne nous voilons pas la face, nous recherchons tous une dose d’authenticité dans nos voyages. Mais que cherchons-nous d’authentique, qu’est qu’un tourisme authentique ? Nous avons trouvé quelques réponses en rencontrant Rodolphe et Bruno, fondateurs de Philippines Autrement, tour opérateur local spécialisé dans le voyage sur-mesure aux Philippines et membre du réseau Un Monde Autrement.

Rodolphe Lina et Bruno Alegoet

Rodolphe et Bruno connaissent plutôt bien les Philippines puisqu’ils y habitent depuis plus de 10 ans. Rodolphe travaillait auparavant dans une société de transport puis d’export de produits locaux. Bruno a depuis toujours baigné dans le tourisme en tant que moniteur de plongée et organisateur de séjours de plongée en Asie et en Afrique avant de se poser aux Philippines il y a une dizaine d’années. Ces deux passionnés de voyage et d’aventure créent alors en 2010 une petite agence de voyage appelée Agila Eco Islands qui peine au niveau promotionnel. Ils réussissent à obtenir la franchise « Un Monde Autrement » et profitent ainsi de leur réseau et de leur expertise marketing.

Chemin de bamboo dans Bakhawan Ecopark, Kalibo

Leur crédo : le voyage en dehors des sentiers battus en petits groupes (2 à 8 personnes), une alternative au tourisme de masse qui tend à dénaturer les lieux d’accueil et à modifier inexorablement les comportements des populations locales. Trainer ses savates en dehors des sentiers battus, c’est justement une chance de partir à la découverte de cette authenticité. Trainer ses savates est peut être un terme un peu trop fort puisqu’aller à la rencontre des populations locales ne veut pas dire dormir dans des huttes ou des hôtels miteux ou bien manger à même le sol dans la jungle. Il est tout à fait possible de trouver cette dose d’authenticité, de réalité des richesses culturelles, sociales et naturelles en logeant dans des hôtels de qualité et en allant dans des restaurants « normaux ». L’important est de sortir de son hôtel et des destinations touristiques classiques pour avoir un aperçu plus global de la culture du pays et ce en observant les gens, les locaux. Encore mieux en leur parlant. Aux Philippines, il est d’ailleurs facile de discuter avec les habitants vu l’enthousiasme et la gentillesse qu’ils offrent aux visiteurs.

La pause des pêcheurs de General Santos, capitale du thon

Et le « secret » qu’ont compris Rodolphe et Bruno pour partir à la rencontre des populations locales et à la découverte de destinations alternatives réside dans les services d’un guide Philippin accompagnant les touristes tout au long de leur séjour. Celui-ci, fin connaisseur des destinations et de la culture philippine, est un intermédiaire entre les voyageurs et les populations pour échanger avec elles, pour s’adapter à la culture et aux traditions locales et les comprendre au mieux. Un second avantage, primordial pour la réussite d’un voyage, est la capacité à s’adapter, à être flexible en fonction des demandes des clients qui peuvent évoluer au cours du séjour et en fonction de l’inattendu qui arrive toujours. Nous en avons nous même fait les frais dans notre voyage en ayant dû renoncer à rejoindre l’île de Sibuyan, les  « Galapagos des Philippines », un des points d’orgue de notre aventure, du fait des conditions météo. Enfin, le guide permet une grande flexibilité en fonction des opportunités sur place : un évènement local, une fiesta, une activité ou un monument qui intéressent les voyageurs.

Kadayawan Festival à Davao

Les deux guides travaillant pour Philippines Autrement ont toutes deux été formées par les soins de Rodolphe et Bruno afin de coller au mieux à leur concept. . Elles ne travaillaient d’ailleurs pas chez d’autres tours opérateurs auparavant car Rodolphe et Bruno préfèrent un regard frais et ouvert sur le métier, considérant que parfois les guides touristiques professionnels peuvent avoir de mauvaises habitudes. De plus, elles suivent des cours de français à l’alliance française et Rodolphe et Bruno les aident pour les termes plus techniques, pour adapter le langage au contexte touristique.

Enfin, en dehors de l’authenticité, un point d’honneur de Philippine Autrement est le voyage responsable. Responsable, en créant des partenariats avec des fournisseurs de services locaux, des infrastructures, des familles, et donc en participant à une redistribution de la manne touristique au lieu que celle-ci ne soit gardée dans les mains des grandes sociétés ou à l’étranger. Responsable encore, en allant aux dehors des destinations les plus touristiques et ainsi faire profiter le plus grand nombre des revenus du tourisme. Responsable enfin, en payant un prix juste aux prestataires partenaires, leurs guides, les guides locaux, les opérateurs de transport, c’est-à-dire un prix décent, au dessus des minimum pratiqués. Cela afin de diminuer leur contrainte financière, de développer de véritables partenariats durables, et de contribuer à la création d’échanges plus « authentiques », à la création d’une expérience unique.

Exploration d’une grotte à Sagada

Bien entendu, ces prestations d’organisation de voyage à la carte nécessite de mobiliser d’importantes ressources pour chaque dossier et les prix vont avec. Les voyages de Philippines Autrement s’adressent donc à une clientèle aisée.

Bruno et Rodolphe sont en train de mettre en place des séjours avec nuit chez l’habitant. Eux ou leurs guides ont ainsi repéré quelques familles dans différentes villes des Philippines et ont établi des partenariats. Nous pensons que c’est une très bonne idée et cela permettra d’avoir encore plus de proximité avec certains Philippins. Cependant, à terme, avec ces « partenariats exclusifs », un sentiment de jalousie peut sans doute apparaître au sein de petites communautés envers ces familles partenaires. Rodolphe et Bruno nous répondent alors que du fait du faible volume de visiteurs et des petits groupes, ces risques auront peu de chance de se développer. Nous pensons qu’un système de rotation pourrait peut-être alors être créé afin de faire profiter un plus grand nombre de familles au sein des communautés. Cela participerait à un tourisme encore plus responsable, durable.