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La lutte d’une vie pour la mise en valeur de l’Art et de la culture

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Initiative: Le circuit culturel annuel de Ramon Hofilena et la conservation de l’héritage culturel du Negros Occidental

Nous avions annulé notre visite de la ville-musée de Vigan (Nord de Luzon), ses maisons coloniales espagnoles et son centre historique comme arrêté dans le temps. Nous le regrettions puisque la conservation des bâtiments historiques n’est pas le fort des Philippines, et Vigan reste un des seuls endroits où l’architecture coloniale espagnole est à l’honneur. Rappelez-vous que les espagnols ont régné sur le pays plus de trois siècles.

La ville charmante de Silay

Alors, découvrir une des villes aux maisons « ancestrales » les mieux préservées, et surtout plus chaleureuse que Vigan, plus authentique, où la vie continue son cours, cela a éveillé notre curiosité. Trouver cette ville un peu perdue au nord de l’île de Negros… encore plus ; même si nous avons appris par la suite que la ville de Silay était plus raffinée que Manille auparavant et était le haut lieu de la bourgeoisie dans les années 30 aux Philippines, du fait des grands producteurs de canne à sucre et de leurs partenaires commerciaux venus du monde entier. Mais surtout, rencontrer un des plus grands passionnés d’arts, d’histoire et de culture des Philippines, ami et collectionneur aux 1000 œuvres des plus grands artistes Philippins (un petit Goya et Picasso en primes), individu de 78ans, complètement excentrique et volubile, aux airs de Mick Jagger, et qui réalise et commente le circuit touristique le plus vieux au monde (le même ou presque depuis 39ans), cela nous a comblé et redonné goût à l’histoire et l’Art philippins, ses peintures, sa culture et son architecture.

Maison de Ramon Hofilena

Alors que Ramon Hofilena nous reçoit dans sa splendide maison « ancestrale » à l’architecture coloniale espagnole et construite en 1934, il nous dit dès le début que l’Art, les arts, est ce qui identifie un pays et perdure au fil des siècles. Voilà pourquoi il s’en est toujours passionné et a voulu depuis son plus jeune âge découvrir et promouvoir l’Art philippin. D’abord chanteur, il a ensuite été artiste peintre, acteur et metteur en scène dans le théâtre, mannequin aussi (très fier d’avoir été le premier mannequin philippin à poser en maillot de bain), organisateur d’expositions à succès, conférencier sur l’art et la culture, guide touristique dans Silay et le Negros Occidental,  et surtout militant de la conservation de l’art et de l’architecture historique de Silay. Ramon est un conteur des temps modernes. Orateur hors pair, il rebondit d’histoires en anecdotes, d’anecdotes en points historiques et artistiques.

Photo de l’au revoir avec Ramon, le mannequin

Nous sommes restés presque 4h à boire ses paroles, à tenter d’assimiler toutes ses connaissances sur la peinture, sur ses collections d’antiquités philippines et chinoises, sur l’architecture, l’histoire de la ville déchue de Silay, sur l’impossibilité de bâtir un véritable art philippin du fait des conditions difficiles soumises à la population lors de la colonisation espagnole et de la censure lors de la dictature du commandant Ramos… Avoir un tel guide est une chance inouïe, une source d’inspiration et d’espoir pour les visiteurs et touristes que nous sommes.

Chaises « antiques » et portraits des parents de Ramon

Mr Hofilena a ouvert la maison de ses parents au public en 1962, répondant sans hésiter aux questions des visiteurs toujours plus nombreux quand il était sur place. En effet, Ramon a vécu une partie de sa vie à New York où il a été manageur, mannequin et a enchainé divers boulots dans l’art, notamment journaliste spécialisé. Alors que la loi martiale du Commandant Marcos est proclamée en 72 et perdure jusque 1986 où la révolution populaire fait tomber le pouvoir, Ramon se dresse contre le gouvernement local de Silay en 77 et son projet d’élargissement de la route nationale coupant la ville. De nombreuses maisons ancestrales, héritage architectural et symbole de la puissance culturelle et artistique déchue de Silay, appelé autrefois le « Paris de Negros », auraient été démolies.

Le salon de Ramon

Raillé, menacé même par le maire, il parvient à stopper le projet en formant un groupe de pression et en réalisant une pétition. Il crée également le premier centre culturel des Philippines dans sa ville, Silay, ou les plus grands artistes philippins (Rodriguez Sr., Hechanova,  Manansala, Ocampo…) ont été exposés et où les ventes d’œuvres ont atteint des records.  Son secret : son sens aigüe de la communication et ses présentations et conférences sur les artistes, l’art, l’histoire et la culture en général qui faisait des déplacer des foules.

Philippines Mother & Child by Vicente Manansala, 1965, Singapore Art Museum

Aujourd’hui sa maison est assaillie par les visiteurs mais il accepte toujours d’accueillir et de faire la visite de sa demeure. Durant les week-ends du mois de décembre, et cela depuis 39ans, il réalise le circuit culturel annuel du Negros Occidental où les principales attractions touristiques sont expliquées par ses soins, illustrées d’anecdotes et de rectifications historiques erronées. Ramon regrette, en effet, le manque d’éducation culturelle et artistique des Philippins. Il a œuvré toute sa vie en tant que conférencier, collectionneur, journaliste, organisateur d’expositions et d’évènements artistiques et guide touristique pour rappeler l’importance de l’Art dans l’identité d’un pays.

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Art et culture dans une baie à la beauté époustouflante

Malasimbo Music and arts festival- Puerto Galera

Combiner la musique, l’art visuel, la nature et les cultures indigènes locales face à la baie magnifique de Puerto Galera (Mindoro). Un pari de plus réussi par l’entrepreneur expatrié depuis trente ans et fervant amoureux des Philippines, Hubert d’Aboville.

Artistes et festivaliers se délectent depuis deux ans au pied du mont Malasimbo dans un amphitéâtre naturel avec Puerto Galera, membre des « Most beautiful bays in the world », en arrière plan. Imaginez vous sur cette colline, la scène en premier plan. Assis tranquillement ou bien en train de danser au son d’un bon groupe de rock Philippin, d’un jazz joué par des artistes locaux ou internationaux ou bien d’un mix d’électro ou de Hip Hop orchestré par un DJ. Et au loin, la baie et ses îles d’un vert resplandissant. Ca donne envie.

Entre deux concerts, il est possible de profiter d’oeuvres d’art contemporain réalisé par des artistes locaux et Philippines, de performances d’arts visuel et d’aller visiter un petit village recréé sur place pour mettre en valeur la culture indigène de Mindoro. Selon Hubert d’Aboville, 100 000 indigènes vivent sur l’île de Mindoro, répartis en 7 « tribus » ou peuples parlant des dialectes différents. Ainsi, dans le village ,7 différentes maisons ont été reconstruites au style des 7 tribus. Les visiteurs peuvent ainsi en apprendre plus sur les cultures locales et être témoins  de performances musicales ou de danses de différents membres des tribus.

Comment est né ce festival ? En 2010, le beau fils de Mr d’Aboville, Miro Grgic,directeur de la société de production VUE (Volume Unit Entertainment) vient visiter Puerto Galera et tombe sous le choc de la beauté de l’endroit. Il propose donc à Mr d’Aboville de lancer un festival de musique. Hubert d’Aboville souhaite alors valoriser et promouvoir les talents créatifs des Philippines et ajoute à la musique les performances artistiques et culturels. En quelques mois, il réussissent à trouver les sponsors et les artistes, aménagent le site et son accès pour faire venir les camions de transport de matériel tout minimisant les impacts sur l’environnement du site. Dès la première année, 1500 festivaliers sont de la partie. 4500 la seconde. Hubert d’Aboville et Miro Grgic souhaitent pour les années à venir de limiter le nombre de visiteurs à 4000 par jour de manière à assurer la sécurité des festivaliers, de ne pas dénaturer l’endroit, de minimiser les impacts sur l’environnement.

Les festivaliers peuvent camper sur le site ou bien logent des les hôtels environnants. Ils se déplacent ainsi sur le festival par jeepneys, « the king of the road », le moyen de transport le plus répandu aux Philippines. Ce sont des jeeps, à la base récupéré de l’armée américaine, qui ont été ralongées et bardés de deux bancs. Elles sont ensuite décorées de dessins et couleurs resplandissantes.

En tant que festival éco-culturel, Malasimbo a également une politique environnementale et participe la reforestation de la région (1000 arbres la première année, 1000 plants de bamboo la seconde). Il est également le théâtre de la célébration du « Earth Day » où des débats sur le respect de l’environnement, des activités de replantation de mangroves et des activités culturelles exhaltant la culture locale et Philippine.

Le festival Malasimbo est devenu en deux ans seulement un évènement unique et un des festivals artistiques majeurs aux Philippines.  Nous n’avons pû y participer et nous n’avons pû nous rendre sur le lieu du festival, mais les photos et le discours de son fondateur Hubert d’Aboville nous ont bien donné l’envie d’aller faire un tour à Puerto Galera, à l’ouest de Sabang Beach (endroit complètement dénaturé par les hôtels, les soirées continues, et le tourisme sexuel). Nous avons ajouté cette destination à notre voyage et nous essaierons d’y aller en août. Nous vous confirmerons notre éloge du site. Et espérons que nous pourrons participer au festival l’année prochaine où l’année d’après.