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Comment développer et promouvoir une région encore peu parcourue

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Après avoir interviewé des chargés de tourisme de différentes municipalités aux Philippines telles que Pandan  (Antique, Panay), Basey (Sohoton), Sagay (Negros), Donsol (Sorsogon), Oslob (Sorsogon) ; après avoir rencontré la responsable développement-produits de la province de Bohol, et avant d’avoir une vision nationale du travail du Département du Tourisme (DOT) Philippin, il nous paraissait important de d’étudier un DOT régional, donc couvrant plusieurs provinces. Nous avons choisi les Eastern Visayas (Visayas de l’Est), la Region VIII, incluant Samar, Leyte et Biliran. En effet, cette région est la moins touristique des Philippines, très pauvre, aux quelques problèmes politiques et en manque flagrant d’un réseau de transport efficace, comme vous avez pu le lire dans nos précédents articles. Nous avons donc cherché à comprendre comment le DOT faisait face aux enjeux regionaux , quelles sont les opportunités et comment promouvoir cette région riche en ressources naturelles et culturelles, pourtant peu fréquentée.

Sortie des classes

Ms Tiopes, directrice du DOT Région VIII depuis 2005, nous a fait preuve d’une grande passion et énergie pour sa région. Du département de l’Industrie, au gouvernement provincial en passant par l’Agence gouvernementale de l’Information, elle est une experte en matière d’administrations philippines.

En bref, la mission du DOT régional est «d’encourager, de promouvoir et de développer le tourisme comme activite socio-économique majeur permettant de générer des liquidités de monnaie étrangère, de l’emploi, et de faire profiter le secteurs privé et public des bénéfices du tourisme». En pratique, le DOT assiste les différents acteurs du tourisme : les offices provinciales et municipale de tourisme, les communautes locales et les entrepreneurs que sont investisseurs privés, publics ou ONGs. Ce soutien à l’activité économique passe par un conseil en business plans, par le développement de produits touristiques en collaboration avec les acteurs concernés offrant des expériences uniques plus que des activités non reliées ensemble, des formations (on en a beaucoup parlé dans nos différents articles précédents), par l’autorité de fournir les accréditations obligatoires aux hôteliers, tours opérateurs, organisateurs de séminaires et aux opérateurs de transports.

Sohoton Natural Bridge

Mais surtout, le DOT régional a un role majeur de « promotion, communication, marketing » dans une région peu parcourue comme les Eastern Visayas : pour cela, il aide à réaliser les brochures et autres supports de communication pour les différentes destinations et produits touristiques, aide à la conception de circuits/packages, organise des salons du tourisme, participe à ceux nationaux, et aide a la communication tri-media : papier, radio, TV. Le but est donc d’améliorer l’image des Eastern Visayas, subissant le contrecoup des activités passées très médiatisées du NPA (parti communiste armé), et de créer une marque Eastern Visayas, terre première de nature et d’aventures aux Philippines offrant des activités différentes par rapport aux autres regions.

Liloan, Leyte

Par rapport au contexte actuel, quelle est la vision des Eastern Visayas ? Où  est ce que le DOT veut amener sa région en matière du tourisme dans les années à venir ? Suite au National Tourism Plan écrit en 2011, le DOT vient de finir de réaliser son plan de tourisme sectoriel 2012-2016. Sans vous inonder de chiffres, en 2011, environ 16 000 touristes étrangers et 191 000 Philippins ont visité les Eastern Visayas pour une durée moyenne de 2 jours et une nuit, ce qui est peu pour une si vaste région (Samar est la troisième plus grosse ile des Philipines). En 2016, le DOT espère avoir plus de 38 000 visiteurs étrangers et 485 000 Phililippins restant en moyenne 4 jours et 3 nuits. Pour atteindre ces performances, le DOT veut positionner sa région en tant que destination alternative aux Central Visyas et à Bicol (Sud de Luzon), en se focalisant sur ses merveilles naturelles. Le tourisme étant un réel business, il ne faut pas avoir peur de parler de concepts business et marketing. Si on identifie le type de produits touristiques actuels  et on pense au type de clients présents et potentiels des Eastern Visayas, cette région va sans doute focaliser ses activités promotionnelles sur des touristes aventureux. Un point intéressant, une opportunité a saisir avec ce type de profils clients, est leur attrait pour les medias sociaux :  dans l’air du social media, ces visiteurs aventureux utilisent beaucoup les blogs, facebook, twitter pour partager leurs experiences. Cela permet d’obtenir leur opinions ainsi que des details très précis et pratiques vis a vis des prix, des moyens de transport et des différents produits offerts, informations qu’on trouve très difficilement sans eux. Aussi, cela permet de donner envie aux autres de venir dans les Eastern Visayas.

Ulot Torpedo Boat, bien repris par les bloggeurs

Depuis peu, des expériences touristiques d’aventure ont vu le jour et bénéficient d’un beau succès Agas Agas zipline (la tyrolienne la plus longue des Philippines passant au dessus du pont le plus haut des Philippines, le pont Agas Agas), Sohoton Cave, Torpedo boat. Les autres destinations sur lesquelles le DOT peut compter sont la spéléologie pour débutants ou professionnels à Samar  (Calbiga et ces innombrables autres encore très peu explorees), les myriades de chutes d’eaux, les très belles plages que peut offrir Leyte, le tourisme culturel autour de l’histoire de la seconde guerre mondiale ayant accueilli les bases américaines militaires luttant contre le Japon. Kennedy a d’ailleurs été officier dans la plus grosse base américaine du Pacifique, située dans la région VIII, avant de devenir President des Etats Unis.

Ainsi, le DOT est venu confirmer nos observations par rapport aux atouts, faiblesses et opportunites de Samar et Leyte. Avec la motivation de sa directrice Ms Tiopes, de son équipe en général, et d’un meilleur soutien de la part du gouvernement national, sans compter l’attrait pour le tourisme communautaire que les municipalités, les communautés locales et le DOT régional cherchent de plus en plus à mettre en valeur, les Eastern Visayas pourraient bien être le nouvel eldorado de l’écotourisme aux Philippines d’ici peu. On le souhaite de tout cœur.

Le combat d’une vie pour lutter contre la pauvreté

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Initiative: Pagtinabangay, Lac Danao (Leyte)

Si nous devions décrire le couple Justimbaste en un mot, ce serait « engagement ». Depuis 1989, Emil et Jean (prénom féminin aux Philippines) se battent pour aider les plus pauvres à trouver des solutions durables pour s’en sortir. Ils ont créé leur fondation Pagtinabangay, initialement pour un programme de microfinance pour les petits vendeurs de rue qui s’est par la suite étendu aux fermiers et a été soutenu par des organisations d’aide internationales telles qu’Oxfam. Leur spécialité, c’est l’organisation des communautés. Ils ont été à l’initiative de nombreuses créations de « People’s Organizations » (POs) pour la préservation de l’environnement et l’amélioration des conditions de vie.

Le Lac Danao (photo d’internet)

En 2003, Pagtinabangay obtient un financement sur deux ans du PNUD pour un programme de lutte contre la déforestation près du lac Danao. Ce lac fait partie d’une zone protégée, mais les fermiers, très pauvres, coupaient de nombreux arbres pour vendre le bois et dégager des terres fertiles pour l’agriculture, dont les produits chimiques étaient ensuite déversés dans le lac. Pour tenter d’enrayer la dégradation de cette réserve d’eau cruciale pour la population aux alentours, Pagtinabangay a organisé une série de formations pour les communautés de fermiers du lac Danao afin de les encourager à se tourner vers une agriculture biologique. L’utilisation d’engrais et de pesticides naturels (composts, carnivores qui mangent les herbivores) évite que des produits nocifs tels que les pesticides soient infiltrés dans la terre et nuisent à la qualité de l’eau du lac. De plus, les légumes issus de l’agriculture biologiques peuvent être vendus plus chers (meilleur rendement au m²= moins de déforestation). Pagtinabangay a construit des fermes de démonstration afin de convaincre les fermiers des bienfaits de ce type d’agriculture. Avec l’aide de l’Université d’Etat des Visayas, un inventaire de la faune et flore locale a été réalisé afin de mieux appréhender et contrôler l’évolution de la biodiversité.

Le couple Justimbaste

Par ailleurs, un projet d’écotourisme a été mis en place afin de générer un revenu supplémentaire pour la population. Une auberge a été construite et des guides ont été formés. Malheureusement, en 2006, les médias ont relayé l’information selon laquelle le lac était infecté par E. Coli (bactérie se trouvant principalement dans les selles), du fait notamment des habitations en bordures du lac. Les visiteurs se sont faits rares et le projet d’écotourisme n’a jamais réellement vu le jour. Depuis, les Justimbaste continuent leur combat pour aider les communautés à s’organiser en groupes d’intérêt et à avoir une meilleure gestion des affaires publiques. Ils sont membres de divers groupes de réflexion et du Protected Area Management Board (PAMB) du Lac Danao et ils sont réputés pour leur franc-parler (de ce fait, ils ne sont plus les bienvenus dans les réunions du gouvernement local).  Leur prochaine étape : agir plus directement sur le programme économique et social d’une municipalité. Ils soutiennent actuellement le candidat de l’opposition qui a adopté leurs programmes et leurs idées.

Au marché de poissons

Mais les projets de tourisme au lac Danao n’en sont pas pour autant restés lettre morte. Depuis 2011, la municipalité d’Ormoc a repris les choses en main. Elle a aidé à la création des « Bogsay », un groupe de jeunes de la communauté en charge de gérer le centre du tourisme au lac et d’accueillir les visiteurs. Aidée par le Département Du Tourisme et par un partenariat entre une ONG allemande et la Chambre de Commerce d’Ormoc, la municipalité a formé 18 guides et financé des infrastructures telles que des toilettes et prochainement l’amélioration des routes et la création d’une plateforme d’observation du lac. Avec 4136 touristes sur le seul premier semestre de l’année 2012, la municipalité espère maintenant que le secteur privé va investir pour construire des restaurants et autres infrastructures.

Du commerce illégal de bois aux splash enjoués des touristes

Initiative : Ulot Torpedo Boat Extreme Ride

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Pouvoir descendre les rapides de la Ulot River sur un ‘‘bateau-torpille’’ relève quelque peu d’un parcours du combattant pour le voyageur sans transport privé. Comme pour beaucoup d’activités à Samar d’ailleurs (voir notre article sur Sohoton). Nous n’avons malheureusement pu tenter l’expérience mais ceux qui s’y sont risqués n’ont pas regretté.  Un peu moins d’une heure de descente et 1 heure et demi de remontée alternant eaux calmes et rapides à bord d’un Torpedo, cette longue barque en bois sans balancier (contrastant avec la traditionnelle bangka), à slalomer entre les cailloux et à se faire éclabousser de toute part. Les Philippins en redemandent.

Les fameux bateau-torpilles appelés Torpedo

D’où vient cette idée saugrenue de descendre des rapides dans une barque en bois, surtout dans un endroit plutôt coupé du monde, à une vingtaine de kilomètres de la petite ville de Paranas, elle-même à environ 45 minutes en jeepney au sud-est de Catbalogan? Historiquement, la Ulot River, la plus grande rivière de Samar, était la principale voie de transport de marchandises et de passagers compte tenu du mauvais réseau routier de la région. Aussi, avant la création du Samar Island Natural Park (SINP) en 2003, le plus grand parc des Philippines, cette rivière servait de réseau de distribution au commerce illégal de bois.

Présentation du Parc National de Samar Island

Comme à Pamilacan Island où la chasse à la baleine a été interdite, à Bojo River ou au sein du Bulusan Volcano National Park où l’abatage sauvage a été stoppé, il fallut trouver des revenus alternatifs pour les communautés locales vivant principalement de ces activités illégales. C’est pourquoi quelques années plus tard, alors que le Quartier Général du SINP se construisait en 2006 sur les bords de la Ulot River, ses employés réalisèrent le potentiel de cette rivière et de ses rapides comme expérience écotouristique et d’aventure, et donc comme source de revenus alternatifs pour la communauté locale. Alors qu’au départ, le département du tourisme poussait à mettre en place des activités de kayak, de tubing et de marche,  ils ont compris par la suite qu’il pouvait être particulièrement intéressant d’utiliser ces mêmes bateaux qui transportaient le bois illégal auparavant, surtout qu’ils étaient conçus pour braver les rapides de la rivière. Pour l’expérience, c’est plus fun et culturellement parlant, cela ajoute un plus.

Mr Villanueva, Coordinateur de l’expérience Torpedo

Pour piloter ces bateaux, rien de mieux que de demander les services des experts pilotes que sont les anciens transporteurs de bois illégaux. Cela pousse à mettre un terme à ce commerce qui a perduré durant ces quelques années tout en leur offrant des revenus légaux et durables supérieurs aux activités passées. Après la conception du programme de tourisme communataire, élément du Samar Island Biodiversity Programme financé par le Programme des Nations Unis pour le Développement, et des formations du Département du Tourisme, la Tenani Boat Operators for River Protection and Environmental Development Organization (TORPEDO) est crée en 2010. Elle compte aujourd’hui 60 membres dont 13 guides et une quarantaine de capitaines de bateau et de ‘‘pointmen’’ ou timoniers qui manœuvrent les Torpedos afin d’éviter de heurter les rochers affleurant. 20 Torpedos sont en fonction aujourd’hui, possédés par la communauté, en plus de kayaks et de grosses bouées gonflables.

Entrée du QG du SINP, ses bureaux, salles de séminaires et dortoirs

Alors que 525 visiteurs ont testé l’expérience Torpedo en 2011, Mr Villanueva et son équipe de la municipalité de Paranas ne veulent pas s’arrêter là et souhaitent faire de Paranas une grande destination d’aventures ainsi qu’une réelle expérience éco-culturelle. Pour cela, ils cherchent à créer des maisons d’hôtes, proposer des repas aux visiteurs, préparés par la communauté locale, bâtir un centre d’écotourisme et des cabanes dans les arbres. Mr Villanueva a besoin de plus de fonds mais il travaille à construire de solides partenariats public-privé pour financer ces beaux projets.

Samar et Leyte, sauvages et mystérieuses

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En nous lançant dans cette aventure aux Philippines, nous souhaitions vous faire découvrir des lieux délaissés des touristes malgré leurs nombreuses ressources et leur grand potentiel. Nous voulions aussi réfléchir aux possibilités pour que ces îles puissent recevoir des visiteurs sans que l’environnement ne  soit dégradé ou qu’elles en perdent leur identité et deviennent des « mini-Boracay ».

Carte de la Région 8

Voici 10 jours que nous voyageons à Samar et Leyte, sans n’avoir croisé aucun touriste étranger. Pourtant, comme en témoigne l’album photo, il y a beaucoup à faire et à voir. Alors pourquoi ce désamour des touristes ? Les transports, le manque de tours opérateurs et de marketing ainsi que le climat politique sont autant de facteurs qui peuvent apporter des explications.

Avant tout, des petites indications sur ces deux îles situées dans la région VIII (cf. carte).Respectivement 4et 8e  plus grosses îles des Philippines,  Samar et Leyte sont deux provinces pauvres. Pour vous donner un exemple, le seuil de pauvreté a été déclaré à 20 euros par personne et par mois dans cette région en 2009. A Samar, 37%de la population était en dessous de ce seuil en 2009, et 27% pour Leyte, contre 21% aux Philippines en général (source : National Statistical Coordination Board). La population dépend majoritairement de la production de céréales (riz,maïs) et de produits dérivés des noix de cocos mais les cultures sont souvent affectées par les typhons.

Champs de riz à Samar

Samar et Leyte sont deux vrais petits bijoux pour le voyageur qui a du temps et de la patience (ou ni l’un ni l’autre, mais de l’argent). En effet, les transports publics se font rares et bondés, soit il faut se résigner aux 20 km/h moyens qu’effectue un véhicule (bus ou jeepney) et en profiter pour observer les routes côtières splendides, soit il faut privatiser un véhicule. Il est vrai que c’est très fatigant et très long de se déplacer, mais le jeu en vaut la chandelle !

Un transport bondé…!

Ce sont deux îles très sauvages, qui devraient attirer plutôt des touristes en quête de sport et d’aventure. En effet, il y a de nombreuses grottes splendides (et encore plein d’autres à explorer), des possibilités de treks à gogo et un potentiel aussi pour le canyoning, sans oublier le surf sur la côte Est de Samar (mais pas pour les débutants !) et la tyrolienne la plus longue des Philippines sur Leyte (que l’on a testée, cf. notre groupe facebook). Cependant, il n’y a pour le moment qu’une poignée de tours opérateurs (un à Samar, et très peu à Leyte), et un manque de publicité de la part des organisations nationales pour encourager les acteurs privés du tourisme à s’installer là-bas.

Mais ce qui nuit surement le plus à Samar et Leyte, ce sont les nombreux typhons qui les balayent chaque année (sans compter les secousses sismiques, croyez-nous !) et la présence du New People Army (NPA), groupe armé rebelle philippin. Il n’y a jamais eu d’enlèvement de touristes sur ces îles et l’atmosphère n’est pas du tout à la guerilla, mais les médias philippins, en ne parlant de ces deux îles que pour en dire des nouvelles alarmantes, ont participé à un sentiment de peur au sein la population, particulièrement à Manille.

Qu’à cela ne tienne, nous avons quand même fait des rencontres intéressantes de passionnés qui ne perdent pas espoir de faire connaître leurs îles. Joni, le spéléologue solitaire à l’origine de belles découvertes de grottes sur Samar, et Leyte Gulf Travel, agence basée sur Leyte, nous ont tous deux fait part de leur lutte quotidienne pour attirer les touristes dans la région VIII (Samar et Leyte).  Joni a eu la chance d’être recommandé par le Lonely Planet, ce qui aide beaucoup, et Leyte Gulf s’appuie sur ses voyages à l’étranger et dans le reste des Philippines pour tenir financièrement.

Sur la route

Mais s’il y a un site qui est populaire, à la jonction entre les deux îles, c’est bien le « Sohoton Caves and Natural Bridge ». Avec ses 3000 visiteurs par an (dont quand même de nombreux locaux), c’est l’attraction majeure de la région (bien qu’à notre goût, vraiment pas la plus intéressante). L’accès à la grotte de Sohoton se fait par bateau, sur une rivière émeraude bordée de palmiers et de villages sur pilotis avant d’apercevoir les falaises de calcaire et le « natural bridge ». Avant tout voyage, il faut passer par l’office du tourisme de Basey, à Samar, petite ville agréable connue pour sa vannerie et son église.

Les affichages à l’Office de Tourisme

A l’office du tourisme, nous avons été frappés par les affichages très complets de toutes les données économiques et stratégiques. Nous qui nous plaignions du manque de transparence des gouvernements locaux, nous voilà servis ! La mairie participe en effet à un programme national visant à permettre l’accès des citoyens aux informations qui les concernent. Nous sommes reçus par la chargée du tourisme, Angelina O. Ritaga, qui nous fait part des difficultés et des succès de l’office du tourisme. Le gouvernement local a aidé à la création de Sohoton Services Association (SSA) en 2003, afin de regrouper les « éclaireurs » des grottes, des guides et les agents en charge de la propreté et la sécurité du site. La SSA reçoit 10% du prix payé par les touristes pour entretenir les sites culturels de la ville et payer les salaires. Tous ont reçu une formation du Bureau du Tourisme et du Département de l’Environnement et des Ressources Naturelles (DENR). Cette bonne organisation a permis d’attirer les touristes, notamment de Tacloban (capitale administrative de Leyte).

Angelina nous a avoué avoir reçu des plaintes concernant le travail des guides et souhaite bénéficier des services d’un guide plus expérimenté pour renforcer  la formation des guides locaux. Les difficultés que rencontre l’office de tourisme sont majoritairement liées aux changements électoraux (actuellement le nouveau maire est moins impliqué dans le tourisme) et le manque d’aide du DENR, qui collecte pourtant un taxe de 200 pesos pour les touristes étrangers et 25 pesos pour les philippins ! Selon Angelina, avec tout cet argent le DENR devrait être d’un appui et d’une aide technique et financière conséquents, mais les agents du DENR ne sont actifs que lorsqu’il s’agit de collecter la taxe….

Le « pont naturel » à Sohoton

Malgré ces difficultés,  l’office du tourisme rêve de grands projets comme de la construction d’une tyrolienne, de restaurants et hôtels dignes de ce nom, de pédalos etc. L’installation d’un club de ski nautique est déjà en route, portée par un investisseur étranger.

En effet, située sur Samar, à 30 min des splendides îles Marabut et du paradisiaque Caluwayan Resort et à seulement 45 min en van de l’aéroport de Tacloban, Basey a tout ce qu’il faut pour devenir une destination touristique de renommée !

L’environnement: un enjeu commun

Initiative: AGAP Bulusan inc., Sorsogon

« L’union fait la force » pourrait très bien faire figure de slogan pour AGAP Bulusan Inc. Créé en XXXX par le dynamique Philip Bartilet, AGAP regroupe toutes les associations représentant les intérêts des quelque 20,000 habitants de la ville de Bulusan (association des jeunes, des vieux, des professeurs, des religieux, des femmes, des tricycles…) afin de mener une politique commune pour la protection de l’environnement. La dernière bataille du groupement d’associations: une pétition contre l’installation d’une centrale géothermique aux frontières du parc national protégé du volcan Bulusan (encore actif) et des habitations. Environ 70% des votants de la ville ont signé la pétition et le maire a dû prendre position contre le projet, y mettant ainsi un terme (pour le moment du moins).

L’entrée du premier lac du volcan Bulusan

En 2007, AGAP Bulusan a conduit une analyse pour savoir quels étaient les besoins et les points faibles concernant la protection de l’environnement. Les résultats indiquaient un manque d’éducation environnementale et de recherche sur la biodiversité et un taux de pauvreté très élevé qui conduit par ailleurs les habitants à certaines activités illégales (couper des arbres dans la zone protégée du volcan Bulusan par exemple).  Le développement du tourisme est alors apparu (comme dans de nombreux cas que nous avons vu jusqu’ici) comme une solution pour protéger l’environnement tout en créant des emplois. Après une étude pour identifier les sites à fort potentiel pour le tourisme dans la région, AGAP Bulusan (suivi par le gouvernement local)  a décidé de se concentrer sur le volcan, sa grande biodiversité endémique et ses trois lacs. Des formations ont été dispensées aux conducteurs de tricycles sur la réception des touristes, ainsi qu’à des guides pour expliquer la faune et la flore du lieu et avoir des connaissances sur les premiers secours.

Explication sur la typologie du lieu

 Le plus grand atout de Philip Bartilet, outre sa capacité à rassembler, est de savoir comment et où lever des fonds pour ses projets. Il a ainsi obtenu une aide de 49,263 US$ du PNUD, des tentes et kayaks du gouvernement local et régional ainsi que des fonds du Département du Tourisme pour des programmes de formation, avec à chaque fois une contrepartie financière d’AGAP.

Les pédalos à louer

Le premier lac du volcan, d’environ 16 hectares, était autrefois géré par le gouvernement régional qui employait des gens extérieurs à Bulusan pour sa protection et pour les services aux touristes. De ce fait, il y avait de nombreux vols et détériorations des équipements par les habitants de Bulusan, mécontents de ne pas bénéficier de cette manne financière. Aujourd’hui, une association d’écotourisme locale, Wildboars Sport, membre d’AGAP, est en charge du tourisme. Elle a 6 employés permanents (en haute saison elle emploie des personnes à la journée) et propose des locations de kayaks, canoës et pédalos ainsi que des excursions avec un guide et une ascension du volcan en deux jours (avec une nuit en tente au lac près du sommet). Les sportifs qui gravissent le mont Bulusan portent un dossard avec un numéro correspondant au nombre de touristes jusqu’à présent. Ce dispositif a commencé en juin cette année et le dernier visiteur portait le numéro 163 (cela ne prend pas en compte les nombreux touristes qui ne viennent que pour le lac). Il est aussi demandé aux escaladeurs de planter un arbre lors de leur ascension.

La construction de la route

 Une fois par an, AGAP organise une course avec des étapes où les participants doivent relever un défi environnemental (planter un arbre, effectuer une tâche donnée par un agriculteur…), cela permet d’éduquer la population tout en s’amusant. Par ailleurs, le financement du PNUD a permis d’installer des fermes de démonstration d’agriculture biologique dans 5 villages. Philip espère que la promesse du gouverneur actuel de réparer la route qui mène au lac va être tenue, et il souhaite ensuite se lancer dans une action de marketing plus vaste pour promouvoir ses produits touristiques . Il a aussi un projet de tourisme à la ferme, à la découverte des exploitations de « pili » (sorte de noix locale) ou des producteurs de miel,  en visant comme principaux clients, les étudiants.  Il regrette qu’il n’y ait pas un seul tour opérateur à Bulusan mais espère que cela va changer bientôt, devant tous les potentiels qu’offre Bulusan (très proche des îles Biri et ses formations rocheuses, de l’île de Ticao et ses raies Manta, de Donsol et ses requins baleines…).

Une ruche locale

Nous avons été vraiment impressionnés par la vision d’ensemble et toutes les activités soutenues par AGAP Bulusan pour améliorer le quotidien de la population et s’assurer de la protection des ressources naturelles. Comme le dit si bien Philip, par ordre d’importance, il faut se soucier des « 3P » : « People, Planet, Profits » (les gens, la planète, les profits). Une belle leçon ainsi que beaucoup de choses intéressantes à apprendre de ce village et à répliquer ! Amis tours opérateurs, à quand un passage par Bulusan sur vos brochures ?

De la chasse au requin-baleine à leur protection et observation

Initiative : Pamilacan Island Dolphin and Whale Watching Organization

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Comment transformer des chasseurs de baleines, pratique centenaire extrêmement lucrative, en guides touristiques ? C’est l’histoire de l’île de Pamilacan, îlot aux plages de sable blanc et aux eaux turquoise faisant face à une des îles les plus touristiques des Philippines, Bohol. En 1998, sous la pression du WWF (World Wildlife Fund) et de la mauvaise publicité des médias, le gouvernement provincial de Bohol bannit la pêche et le commerce des requins baleines, paisible poisson-géant mesurant jusqu’à 10m de long et se nourrissant de plancton.

Plage idyllique sur Pamilacan Island

La viande de ces baleines pouvait se vendre 500$ le kilo sur le marché international, apportant une manne de plusieurs dizaines de milliers de pesos pour les pêcheurs de l’île de Pamilacan. Il fallait donc trouver un revenu alternatif pour ces familles qui protestèrent évidemment vivement. Avec l’aide du WWF, du Département de l’Environnement et des Ressources Naturelles (DENR) et du Département du Tourisme (DOT), la municipalité de Baclayon dont fait partie Pamilacan décidèrent d’organiser et de former la communauté locale pour que les pêcheurs et leurs familles fassent découvrir aux touristes les majestueux requins baleines et la myriade de dauphins nageant à quelques centaines de mètres des côtes. Il fallut environ 5 ans pour faire avaler la pilule aux insulaires mais en 1998, Pamilacan Island Dolphin and Whale Watching Organization (PIDWW0) était créée. Cette ONG regroupe les capitaines de bateaux, les membres d’équipage, les vigies, et leur femme. En effet, après avoir eu la chance d’observer les baleines et dauphins (dauphins toute l’année mais rares requins-baleines et baleines) et avant de faire trempette dans l’eau turquoise bordant la plage de de Pamilacan, un repas est préparé par les soins des femmes des pêcheurs.

Repas avec le groupe de 90 coréens que j’ai « squatté »

Que peut-on tirer d’intéressant de cette expérience, de sa mise en place et de son management ? Tout d’abord, le rôle de lobbyiste, de guide et d’organisateur du WWF, ONG spécialisé dans la conservation de la Nature, a été primordial pour convaincre les différentes parties prenantes et ensuite les lier. Ce fut un processus long et sûrement douloureux pour les locaux mais également pour les manageurs du projet qui ont subi d’intenses pressions, voire des menaces mais au final, une organisation de professionnels de l’observation des dauphins et baleines a été créée, basée sur le concept de tourisme communautaire.

Les touristes ont commencé à affluer de plus en plus et le succès de PIDWWO a été couronné d’une place de finaliste dans la catégorie Conservation du Tourism for Tomorrow Awards, attribué par le World Travel and Tourism Council.

A l’assaut des dauphins… 8 bateaux pour un petit groupe de dauphins… ils ont été un peu effrayés

Mais le manque de leadership au sein de la communauté et le potentiel de ce commerce juteux ont fait de nombreux envieux. Deux autres organisations d’observation des dauphins et requins-baleines se sont créées de manière officielle sur l’île de Pamilacan, en plus des nombreux entrepreneurs individuels basés sur le continent (Bohol). Et en 2006, WWF publie que 80% des activités touristiques dans les eaux de Pamilacan ne sont pas réalisées par ces organismes officiels et ont un coût inférieur à la moitié de celui de PIDWWO. Alors que cela apparaît très intéressant pour les touristes, si les revenus pour les organismes légitimes viennent à diminuer trop fortement, les pêcheurs ne risquent-ils pas de retourner à leur pratique destructrice ? Sans compter le manque de contrôle des règles de sécurité et d’approche des animaux et la question cruciale de la capacité d’accueil de cette expérience .

Les fameux dauphins… un peu petits mais on a pas de télé-objectif

Le changement d’activité d’une pratique de chasse à la conservation et à l’observation de ces animaux marin a été une très belle réussite pour cette initiative de tourisme communautaire. Et les touristes en redemandent, ce qui est assez rare dans ce type de tourisme aux Philippines. Mais les conflits n’apparaissent pas seulement quand la demande, le nombre de touristes, manque. Les conflits, les intérêts personnels font surface quand la manne financière se fait sentir. Un fort leadership et un contrôle du gouvernement doivent alors venir palier à la ‘‘compétition sauvage’’.

 

 

 

Consulter et organiser les communautés, le secret de Process-Bohol

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Initiative : Abatan RiverLife Tour, PROCESS-Bohol

Petit retour en arrière. Suivant l’interview de Ms Peluchi Kapirig, responsable développement-produit à l’office de tourisme de Bohol, j’avais enfourché à nouveau ma moto pour m’enfoncer dans les petits barangays (plus petite unité administrative aux Philippines) ruraux de Tagbilaran afin de rencontrer Emilia Roslinda, directrice de PROCESS-Bohol, qui coordonne le circuit Abatan RiverLife Tour.

Process-Bohol

PROCESS-Bohol vient de Participatory Research, Organization of Communities and Education towards Struggle for Self-reliance qui veut dire Recherche Participative, Organisation de Communautés et Education pour la Lutte et l’Autonomie. Cette ONG se bat depuis plus de 25 ans pour le développement communautaire, en organisant les individus en associations, sortes de syndicats pour les personnes les moins écoutées que sont les pêcheurs, les fermiers et les femmes, en créant des liens entre ces associations et les institutions gouvernementales, les ONGs et le secteur privé et en agissant pour le développement des compétences de ces individus et associations.

Pêcheur sur l’Abatan River

Cette ONG présente de très intéressantes compétences en terme de développement communautaire qui ont permis de mettre en application un beau projet d’écotourisme communautaire en 2010, l’Abatan RiverLife Tour. Il est financé par le Departement du tourisme (DOT), par TIEZA (Tourism Infrastructure and Enterprise Authority) et en ce moment par le Programme de Développement des Nations Unies (environ 50 000$). Ce circuit écotouristique présente également d’uniques composantes que nous souhaitons vous présenter.

Centre d’accueil pour le circuit sur la rivière. Il présente également des artisanats créés dans les 5 villages du circuit

A la base donc, une ONG spécialisée dans le développement communautaire qui donne plus de chance à la réussite d’un projet d’écotourisme communautaire. Ensuite, reconnaissant le potentiel de la rivière Abatan, ses mangroves et son accès à la mer, PROCESS-Bohol décide de mettre en place un circuit le long de la rivière comprenant différents villages. Il est primordial d’identifier et d’évaluer les réels potentiels et les ressources valorisables pour créer une offre touristique. Même si un projet est plein de vertus, le plus juste humainement et le plus écologique, s’il n’a pas de réelle valeur touristique, s’il n’offre pas une expérience unique aux visiteurs, il sera voué à l’échec.

Petite balade en Kayak

Un deuxième point à mettre en valeur est la recherche participative. En effet, dans tous ses projets et également dans ce projet d’écotourisme communautaire, PROCESS-Bohol part à la rencontre des individus et forme une ou des personnes au sein même de chaque communauté pour étudier et comprendre leurs besoins et attentes, les potentiels environnementaux, culturels et économiques, et les enjeux afférents avant de proposer différentes solutions. Grâce à ces questionnaires, ces débats et interviews facilités par des membres de la communauté elle-même, la compréhension, la cohésion et le consensus s’obtiennent beaucoup plus efficacement.

Rivière Abatan

Après ces études et ces solutions proposées, des organisations ont été créées au sein des villages concernés, dispersés le long de la rivière. D’une part, c’est la première fois que nous rencontrons un projet de tourisme communautaire impliquant différents Barangays qui semble réellement fonctionner. En effet, nous avions vu qu’à Olango, les conflits au niveau des différentes institutions gouvernementales et le manque de motivation des différentes communautés ont mené à une sorte d’implosion du projet (retrouvez notre article sur le sujet ici). Ici, sans doute grâce au processus d’implémentation de ce projet et à l’expertise de PROCESS-Bohol, 5 barangays sont représentés comprenant 5 « People Organizations » ou 5 associations d’individus investies dans l’Abatan RiverLife Tour. De plus, afin de créer une cohésion de toutes les parties prenantes, un conseil a été créé (Abatan River Development Management Council) composé d’ONGs environnementales et sociales, des People Organizations et des institutions gouvernementales permettant de discuter des différents problèmes et enjeux et de mettre en place des règles locales environnementales et sociales décrites dans l’Abatan River Code.

Enfin, au sein de chaque village, des activités différentes sont proposées suivant leurs envies : performances musicales et danses pour interpréter la vie locale et l’histoire autour des thématiques de la pêche et de l’agriculture, cours de cuisine et dégustation, marche, tyrolienne, croisière, kayak.  Ces activités sont gérées par des collectifs culturels composés de personnes de tout âge afin de laisser à chacun une chance d’obtenir un revenu additionnel et de partager ses connaissances et sa culture. L’Abatan RiverLife Tour permet ainsi de retracer l’Histoire de Bohol le long de cette rivière.

Abatan RiverLife Tour

Aujourd’hui, environ 2000 personnes viennent faire un tour sur la rivière chaque mois. Cependant cela comporte le circuit de 30 minutes de nuit permettant d’observer les innombrables lucioles flânant au sein des mangroves. Et c’est cette activité de nuit qui rencontre le plus grand succès. Cela est sûrement dû au prix élevé du circuit de jour, même s’il est possible de créer soi-même son parcours et ses activités en fonction de son budget et de son temps disponible. Ms Roslinda explique également qu’il y a encore un manque de promotion qui permettrait de faire prendre conscience aux tour opérateurs, aux agences de tourisme gouvernementales et aux touristes du potentiel unique de cette expérience.

Dans le future, Ms Roslinda compte ainsi allouer plus de ressources sur le marketing. Cependant, d’autres enjeux existent : qui dit écotourisme communautaire dit autonomie des communautés et il reste encore un gros travail à faire en terme de développement des compétences et de soutien des différents barangays envers ce projet.

Plus d’infos sur leur site web : http://www.riverlife.ph/