De la chasse au requin-baleine à leur protection et observation

Initiative : Pamilacan Island Dolphin and Whale Watching Organization

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Comment transformer des chasseurs de baleines, pratique centenaire extrêmement lucrative, en guides touristiques ? C’est l’histoire de l’île de Pamilacan, îlot aux plages de sable blanc et aux eaux turquoise faisant face à une des îles les plus touristiques des Philippines, Bohol. En 1998, sous la pression du WWF (World Wildlife Fund) et de la mauvaise publicité des médias, le gouvernement provincial de Bohol bannit la pêche et le commerce des requins baleines, paisible poisson-géant mesurant jusqu’à 10m de long et se nourrissant de plancton.

Plage idyllique sur Pamilacan Island

La viande de ces baleines pouvait se vendre 500$ le kilo sur le marché international, apportant une manne de plusieurs dizaines de milliers de pesos pour les pêcheurs de l’île de Pamilacan. Il fallait donc trouver un revenu alternatif pour ces familles qui protestèrent évidemment vivement. Avec l’aide du WWF, du Département de l’Environnement et des Ressources Naturelles (DENR) et du Département du Tourisme (DOT), la municipalité de Baclayon dont fait partie Pamilacan décidèrent d’organiser et de former la communauté locale pour que les pêcheurs et leurs familles fassent découvrir aux touristes les majestueux requins baleines et la myriade de dauphins nageant à quelques centaines de mètres des côtes. Il fallut environ 5 ans pour faire avaler la pilule aux insulaires mais en 1998, Pamilacan Island Dolphin and Whale Watching Organization (PIDWW0) était créée. Cette ONG regroupe les capitaines de bateaux, les membres d’équipage, les vigies, et leur femme. En effet, après avoir eu la chance d’observer les baleines et dauphins (dauphins toute l’année mais rares requins-baleines et baleines) et avant de faire trempette dans l’eau turquoise bordant la plage de de Pamilacan, un repas est préparé par les soins des femmes des pêcheurs.

Repas avec le groupe de 90 coréens que j’ai « squatté »

Que peut-on tirer d’intéressant de cette expérience, de sa mise en place et de son management ? Tout d’abord, le rôle de lobbyiste, de guide et d’organisateur du WWF, ONG spécialisé dans la conservation de la Nature, a été primordial pour convaincre les différentes parties prenantes et ensuite les lier. Ce fut un processus long et sûrement douloureux pour les locaux mais également pour les manageurs du projet qui ont subi d’intenses pressions, voire des menaces mais au final, une organisation de professionnels de l’observation des dauphins et baleines a été créée, basée sur le concept de tourisme communautaire.

Les touristes ont commencé à affluer de plus en plus et le succès de PIDWWO a été couronné d’une place de finaliste dans la catégorie Conservation du Tourism for Tomorrow Awards, attribué par le World Travel and Tourism Council.

A l’assaut des dauphins… 8 bateaux pour un petit groupe de dauphins… ils ont été un peu effrayés

Mais le manque de leadership au sein de la communauté et le potentiel de ce commerce juteux ont fait de nombreux envieux. Deux autres organisations d’observation des dauphins et requins-baleines se sont créées de manière officielle sur l’île de Pamilacan, en plus des nombreux entrepreneurs individuels basés sur le continent (Bohol). Et en 2006, WWF publie que 80% des activités touristiques dans les eaux de Pamilacan ne sont pas réalisées par ces organismes officiels et ont un coût inférieur à la moitié de celui de PIDWWO. Alors que cela apparaît très intéressant pour les touristes, si les revenus pour les organismes légitimes viennent à diminuer trop fortement, les pêcheurs ne risquent-ils pas de retourner à leur pratique destructrice ? Sans compter le manque de contrôle des règles de sécurité et d’approche des animaux et la question cruciale de la capacité d’accueil de cette expérience .

Les fameux dauphins… un peu petits mais on a pas de télé-objectif

Le changement d’activité d’une pratique de chasse à la conservation et à l’observation de ces animaux marin a été une très belle réussite pour cette initiative de tourisme communautaire. Et les touristes en redemandent, ce qui est assez rare dans ce type de tourisme aux Philippines. Mais les conflits n’apparaissent pas seulement quand la demande, le nombre de touristes, manque. Les conflits, les intérêts personnels font surface quand la manne financière se fait sentir. Un fort leadership et un contrôle du gouvernement doivent alors venir palier à la ‘‘compétition sauvage’’.

 

 

 

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