Sauver les poissons pour aller à la pêche aux touristes!

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Initiatives: Marine Sanctuary, Guimaras et Sagay Marine Reserve, Sagay

Une des ressources naturelles des Philippines les plus précieuses pour le développement du tourisme et déjà appréciée des professionnels est la diversité marine. Le pays compte un nombre impressionnant de sites de plongée parmi les plus beaux au monde : Apo Island, Tubbataha Reef, Puerto Galera, l’achipel de Bacuit, Malapascua Island, Coron Island… tous ces lieux proposent des plongées, il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux ! Mais voilà, avant de vouloir faire la promotion d’un site de plongée, encore faut-il s’assurer que la faune et la flore marines nes’éteignent pas. Et les facteurs de dégradation des sites sont nombreux : pollution, pêche à la dynamite et au cyanure, pêche illégale, sur-pêche, anchrage des bateaux, typhons… Tourisme et vie marine font difficilement bon ménage, en témoignent l’état des coraux à Boracay ou certains sites de Mindoro. C’est pourquoi nous nous sommes intéressés  à la phase la plus importante de l’ouverture d’un site aux touristes : la création d’une aire marine protégée.

Un bateau de surveillance de la réserve de Sagay

Stephanie, américaine, est volontaire sur l’île de Guimaras  pour Peacecorps, une organisation américaine qui propose des volontariats de deux ans dans le monde entier (le blog de Stephanie ici). Elle a commencé son volontariat par apprendre le dialecte local et par aller demander aux habitants quels étaient leurs attentes et besoins en matière de gestion du littoral. Plusieurs d’entre eux ont mentionné la volonté de créer une réserve marine afin d’augmenter les stocks de poissons pour la pêche et  à terme de pouvoir attirer des touristes. Aussitôt dit, aussitôt fait, Stephanie a obtenu une aide de l’agence américaine USAID et a travaillé avec le gouvernement local pour déterminer les limites de la réserve, former les pêcheurs et la communauté,  faire un inventaire de la biodiversité présente, construire une petite tour de contrôle pour qu’un garde surveille la zone, et enfin déclarer légalement le sanctuaire marin comme tel. Un peu plus d’un an après, 16 hectares ont été dédiées à une réserve marine. Le principal obstacle à ce projet ? Le manque de connaissances et de motivation du gouvernement local, malgré l’investissement de la communauté.

La ville de Sagay (Negros occidental), quant à elle, n’est pas peu fière du succès de sa réserve marine, citée à de nombreuses reprises en exemple. Créée en 1995 et forte aujourd‘hui de ses 32 000 hectares (qui comprennent des sanctuaires où la pêche est interdite et des zones où la pêche de subsistance est autorisée) , elle résulte principalement d’une volonté forte du gouvernement local de protéger ses ressources naturelles et de développer son tourisme. Qui dit projet porté par les autorités locales dit problèmes d’alternance politique et donc de changement de priorités… Mais ici, cela ne semble pas être un souci. En effet, la ville est gérée depuis plusieurs décennies par la famille Maranon. La réserve marine a été créée par  un membre de la famille Maranon, ancien maire de la ville. Il est ensuite devenu gouverneur et son frère a pris sa succession. Ce dernier est depuis devenu député et c’est le neveu qui a endossé la fonction de maire…

Le musée de la mer Sagay

Quoi qu’il en soit, la priorité est donc à la préservation de l’écosystème marin. Le premier enjeu est la lutte contre la pêche illégale et commerciale dans la zone protégée. Les contrôles sont constants mais il est difficile de lutter contre les malfrats venus d’autres îles ou qui profitent du mauvais temps pour agir. Le second est l’accroissement et le renouvellement dela faune et flore dans la zone. Le Massachussets Institute of Technology (MIT) est venu installer ici un système électrique qui encourage la prolifération et la croissance des coraux et des études sont menées pour voir l’évolution de certaines espèces. Le troisième est l’éducation de la population et des touristes pour préserver le lieu. Un musée de la mer a été créé pour les enfants (c’est un établissement privé mais son principal donateur est un certain Maranon),et nous pouvons en témoigner, c’est très ludique et clair. Les jeunes apprennent quelles sont les différentes créatures marines, les espèces menacées, le mode de vie sur le littoral, les règles à respecter pour conserver la richesse marine… le tout en s’amusant. Le dernier enjeu est d’inclure la communauté dans le projet afin qu’elle en soit la principale bénéficiaire. Les formations de groupes et de coopératives sont encore en cours mais il y a déjà des guides et des pêcheurs et leur bateau, organisés en coopérative,  qui sont employés par les touristes.

Un panneau explicatif du musée

Le résultat est encourageant : avec un budget de 3 millions de pesos par an, la population de poissons a considérablement augmenté et le nombre de touristes ne cesse de grimper (4700 l’année dernière).

Il faudra attendre quelques années pour savoir si ces deux réserves marines auront permis de préserver la biodiversité mais il nous semble d’ores et déjà que la démarche éducative, la vision de long-terme  et la concertation avec la population sont autant d’atouts qui présagent d’une réussite de ces projets.

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