Pas facile l’écotourisme communautaire

NEW! English version here

Initiative: Nature and Adventure Bugang river tours – Pandan (Antique)

Après trois jours sur le « joyaux des Philippines », nous quittons Boracay, sa plage de sable blanc de 3km et ses hordes de touristes pour la petite ville de Pandan, dans la province d’Antique, sur l’île de Panay. Ici, aucun touriste ou presque. Les habitants nous saluent à notre passage. Les enfants en tenue d’écolier rigolent, nous appellent et se cachent quand on se retourne. Les Philippines, rurales, comme on l’aime.

Clocher de Pandan

Première rencontre avec un chargé de tourisme d’une municipalité

Jude D. Sanchez, chargé du tourisme pour la municipalité, nous attend à la mairie dans la belle salle de conférence du conseil municipal, le poste du maire surplombant l’assemblée. Au moment de la traditionnelle photo de nos interlocuteurs, Mr Sanchez aurait bien voulu poser à ce bureau. Il est maintenant en campagne pour le poste de conseiller du maire. Il ne nous cache pas ses ambitions et nous dit qu’il travaille depuis quelques années avec un partenaire crédible (Antique Development Foundation) pour assurer la durabilité de son initiative d’écotourisme communautaire quand il ne sera plus le responsable et dans le cas où un futur maire ne soutienne plus ce projet débuté il y a 8ans. Ce partenariat permet également une balance du pouvoir, d’améliorer le soutien et la formation des membres de la communauté et d’améliorer les circuits.

Nous attendions avec impatience cette rencontre : la première avec un représentant d’une municipalité. En faisant des recherches sur internet sur le tourisme durable à Panay et dans les Visayas Occidentales, nous étions tombés sur une présentation très bien structurée de cette ville, reprenant, à nos yeux, les principaux éléments de l’écotourisme et du tourisme communautaire. Cette rencontre nous aura appris beaucoup sur le rôle à jouer par les gouvernements locaux, sur les opportunités à se diriger vers l’écotourisme  communautaire mais également sur les défis à relever dans sa mise en place et dans sa pérennisation.

Jude D. Sanchez et nous

Planifier, organiser et former la population locale. Une nécessité pour la réussite du tourisme communautaire

Le projet d’écotourisme communautaire a commencé en 2003 suite à la volonté de Pandan de développer son tourisme et à la reconnaissance du gouvernement régional des ressources naturelles de la municipalité. Après un an de formation au tourisme communautaire et à l’écotourisme, Mr Sanchez était prêt à mettre en place son «Circuit Nature et Aventure sur la rivière Bugang ». Ce qui est lui est apparu primordial est de préparer la communauté en expliquant le projet, les pour et les contre du tourisme et en lui demandant si les habitants sont d’accord à se lancer dans une démarche d’écotourisme communautaire, ceux-ci étant les principaux contributeurs et bénéficiaires. Le droit au refus des habitants est essentiel. Leur implication est la clé de la réussite. Pour cela, des coordinateurs sont identifiés et formés, ainsi que les membres de la communauté (en priorité les personnes sans emploi) qui auront un rôle à jouer dans le circuit.

Les dépenses d’infrastructures sont limitées pour diminuer l’impact sur l’environnement et diminuer les coûts : les ressources, connaissances et savoir-faire communautaires sont valorisés en demandant aux pêcheurs de louer leur Bangka (pirogue philippine) et de guider les visiteurs, aux musiciens et danseurs de réaliser des performances, aux anciens coupeurs d’arbres et de mangroves utilisant des radeaux en bambous à la nuit tombée d’en construire de nouveaux et d’être guides. Ainsi toute la communauté est mobilisée et les clés d’un développement économique leur sont données tout en respectant leur culture (les perfomances-rituels sont évitées, les visiteurs sont préparés sur la culture locale et les comportements à éviter) et l’environnement (éducation des habitants puis des visiteurs aux enjeux environnementaux).

Circuit et Nature et Aventure sur la Bugang River

Un manque de reconnaissance

Malheureusement, Mr Sanchez nous avoue que depuis quelques années, le nombre de visiteurs est très restreint. Malgré les reconnaissances nationales, la pub dans des magazines et émissions TV, les tour-opérateurs et les visiteurs boudent le circuit. « Ils nous demandaient continuellement de diminuer le temps de visite et les prix » nous révèle notre interlocuteur. Pourtant, il tente toujours de les convaincre en disant que tous les revenus vont à la communauté, pas au gouvernement. Pour un groupe de 25 visiteurs, 85 habitants sont mobilisés, 25 Bangkas, 10 radeaux… Cela explique les coûts élevés. Aujourd’hui, le circuit a été réduit avec des options à la carte.

Ce qu’il manque aujourd’hui à la municipalité est une expertise marketing pour promouvoir son initiative d’écotourisme communautaire auprès des touristes et tour-opérateurs. Aussi, certains utilisent le terme d’écotourisme à tout va, regrette Mr Sanchez. Il souhaiterait donc qu’il y ait une organisation certificatrice identifiant les vraies initiatives d’écotourisme et de tourisme communautaire. Enfin, il souhaiterait qu’une institution nationale soit créée représentant, unifiant et promouvant le tourisme communautaire aux Philippines.

Publicités

Étiquettes : , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s